Vendredi 14 septembre 2007
publié dans : Analyses
Voici une tribune parue dans le Figaro du jour, mais ici dans son intégralité:

La contradiction du Parti socialiste est éclatante. Rarement les maires, de Bertrand Delanoë à Martine Aubry, de Michel Destot à Jean-Marc Ayrault ou encore de Gérard Collomb à Claude Dillain n’auront été autant loués pour leur gestion ou leur imagination. Rarement les Présidents de Conseils régionaux ou généraux de gauche, de l’Ile de France à la Bourgogne, du Nord Pas de Calais aux Bouches du Rhône, des Landes à la Picardie n’auront connus un tel engouement ou une telle adhésion de leur opinion locale.

La gauche girondine triomphe. Elle règne sans partage sur l’Hexagone et pourtant la France socialiste vient de perdre pour la troisième fois consécutive l’élection présidentielle. Battue malgré une campagne aux meetings pleins, aux urnes débordantes et au vote utile implacable.

Il y a là une contradiction qui est la base même du mal socialiste français.

Pour la première fois dans son histoire, le Parti socialiste et même la gauche toute entière ne conclut pas de sa défaite électorale qu’il soit nécessaire d’aller plus à gauche. Mieux le Parti socialiste semble saisi d’une frénésie libérale tout aussi irrépressible que son urticaire gauchisant d’antan. C’est une autre façon de ne pas penser son identité propre, son alternative à la droite.

La gauche peine à porter au niveau national son réformisme local, cette transformation de la vie au quotidien qui fait son succès.

Dès qu’il s’agit de porter au pouvoir sa pratique, elle retombe soit dans une offre politique de rupture que sa pratique quotidienne dément soit dans une adaptation sauvage à la droite niant ses propres acquis.

Gestionnaire rigoureuse, ne dépensant pas plus que ce que l’impôt lui permet. Administratrice inventive voire astucieuse pour la qualité de la vie. Dirigeant, prévoyant, voire visionnaire pour multiplier les emplois, stimuler les pôles d’activités ou de recherches. Ce savoir-faire local se dissout soit dans une rhétorique nationale aux accents désuets et aux recettes dépassées, soit dans la soupe sans contenu de la modernité médiatique.

Hier la gauche s’interrogeait avec Léon Blum ou François Mitterrand sur la conquête du pouvoir. Aujourd’hui elle hésite sur la nécessité de conquérir celui-ci.

Un étrange girondisme hante donc les travées socialistes. Une sorte de compromis historique inconscient ou le pouvoir ne vaut plus la peine d’être conquis au regard des exigences de la mondialisation.

Il n’y aurait que l’adaptation sous le vocable de l’acceptation de l’économie du marché ou la grande négation se déclinant par un contrepouvoir local ou une radicalité nationale tout autant négatrice du pouvoir.

Si la gauche butte ainsi sur l’offre politique c’est qu’elle n’a pas voulu donner sens à son aggiornamento rampant, oscillant entre rupture et adaptation et peinant à définir un socialisme nouveau dans la mondialisation.

La politique dite d’ouverture du Président de la République ne fait que conforter ce malheureux état de fait. Ce dernier peut faire son marché en fonction de l’âge ou de l’ambition puisque la gauche a cessé de penser globalement l’alternative réaliste au pouvoir.

Bref par ce temps de capitalisme mondialisé, la droite serait chargée de l’adaptation de la France alors que la gauche  régnerait sur le contre pouvoir social, régional, ou urbain.

Les raisons du girondisme sont nombreuses. D’abord le produit de l’Histoire : le remord de la rupture de cette occasion manquée annoncée en 1971.

A cette époque, le congrès d’Epinay donna naissance, dans les derniers soubresauts de 1968 et des mouvements sociaux qui bouleversaient le monde, à une utopie concrète : la rupture. Un triptyque résumait ce socialisme : les nationalisations, la décentralisation, l’autogestion. Plaçant dans les mains de l’Etat l’essentiel des secteurs clés de la production, cette stratégie centralisatrice était censée orienter volontairement l’économie vers la justice, tout en reconquérant la démocratie par la décentralisation, et en élargissant le pouvoir des salariés par l’autogestion. Cette « expérience » aurait dû et même pu transformer la France trois ans plus tard à la mort de Georges Pompidou.

C’est le Parti Communiste, défavorable à l’expérience pour des raisons géopolitiques, qui en brisa l’élan dans l’entredeux tours de la présidentielle. A l’époque la France se trouvait dans le cycle de radicalité européen, tout à la fin des mouvements contre les dictatures ou des révolutions à l’ouest, le Portugal, l’Espagne, la Grèce et du balbutiement de la révolution politique à l’est. Les Etats Unis allaient subir un choc majeur avec leur défaite au Vietnam et le choc pétrolier n’avait pas eu lieu. Cet échec programmé, le PCF ne s’en remit jamais. Et le PS, de son côté, pour maîtriser la « tentation Rocard » se refusa à s’adapter.

La victoire de 1981 fut un fantastique mouvement populaire construit sur une ambiguïté.

François Mitterrand avait politiquement raison et accédait au pouvoir. Mais la situation industrielle de la France et ses marges de manœuvre économiques étaient devenues obsolètes, et le programme pensé dans les années 60 complètement pris à contre-pied. Pourtant une fièvre de transformation salutaire saisit la France, alors que les marges de manœuvre tant politiques, la fin du cycle des années 70, qu’économiques, « le mur de l’argent » pour les uns, ou, de la réalité pour les autres : déficit budgétaire, déficit extérieur, dépréciation de la monnaie par trois fois dévaluée conduisent à une politique de désinflation compétitive.

Tous les enjeux changeaient, la mondialisation s’annonçait, le choc pétrolier était la réalité. On rentrait dans ce que Castoriadis nomme « la crise des significations imaginaires sociales », que Liotard appelle « l’incrédulité à l’égard des grands récits », Habermas « la crise de la légitimation », Baudrillard « l’implosion du sens » ou Lipovetky « l’atomisation sociale ».

La gauche devait s’adapter pour durer ou mourir à court terme, les armes de la rupture à la main. Elle choisit une troisième voie, reconnaître sans l’avouer le marché… Une politique de ralentissement de la hausse des prix, le redressement de la balance commerciale, la limitation du déficit budgétaire, l’allègement des charges des entreprises dont on attendait qu’elles investissent pour provoquer la relance.

Stratège, François Mitterrand après avoir longtemps hésité, décida d’installer la gauche dans la durée et fixe à la France l’objectif de l’Europe politique.

Nous étions passés du « rupturisme » au « socialisme du réel ».

Ce mouvement ne devait plus s’arrêter. Laurent Fabius gouverne sous le drapeau de la modernisation et du rassemblement des Français. Faut-il rappeler que le Premier ministre impose aux entreprises encore nationalisées la limitation de l’intervention de l’Etat afin de « laisser librement les mécanismes du marché ». Aux présidentielles, François Mitterrand délaissa la rupture pour adopter dans sa « Lettre aux Français » « la France unie », la thématique d’une France rassemblée acceptant sereinement son destin de modernisation, François Mitterrand et la gauche proposant d’être le rempart aux excès.

Puis, Michel Rocard inaugure la politique du consensus mêlant tout à la fois politique de protection - le RMI pour les plus faibles – innovation - Université 2000 - et logique de marché, c'est-à-dire « gestion des entreprises selon la logique du marché ».

Les gouvernements d’Edith Cresson ou de Pierre Bérégovoy ne dérogent pas à cette ligne de conduite.

Quand au gouvernement Jospin, appuyé par toutes les gauches, il fut celui du retour à l’éthique et du redressement. DSK réalise les critères de Maastricht par la réduction des déficits publics, la participation de la France à la Banque Centrale Européenne, l’Euro, le redressement de la Sécurité Sociale. Plus tard le plan pluriannuel de réduction de l’impôt annoncé par Laurent Fabius en 2000, coupe l’herbe sous le pied à l’opposition pendant que le train de privatisations atteint des sommets. Franchement on peut dire beaucoup de choses sur la gauche, mais qu’elle n’ait pas pris en compte l’économie de marché est un peu court.

Henri Emmanuelli n’a pas tort lorsqu’il déclare « nous avons fait notre Bad-Godesberg le 23 mai 1983 à 11 heures du matin. Le jour où nous avons décidé d’ouvrir les frontières et de ne pas sortir du SME. Nous avons choisi une économie de marché ».

Oui mais voilà ! Cette pratique a toujours été honteuse. Elle n’a jamais glorifié ses succès. Elle les a toujours ignorés ou les a pris pour des renoncements vis-à-vis de l’acte fondateur de 1971.

Lionel Jospin s’étonne toujours que l’on refuse d’opposer les succès de la gauche au pouvoir à ceux de la droite. Il y a des succès et des erreurs dans le bilan de la gauche. Aucun gouvernement n’est celui d’un âge d’or mais les Socialistes refusent de penser leur pratique au pouvoir. Le surmoi de la rupture crée une inhibition théorique, cherchant la cohérence avec la promesse contenue dans sa fondation. Elle se refuse de penser la France telle qu’elle est et la justice telle qu’elle devrait être. Tout simplement parce que le pouvoir d’Etat conduit au renoncement qui provoque les défaites locales.

Et comme les Socialistes mais aussi le PCF, les Verts, voire les Radicaux et les Républicains ont en terme d’appareil littéralement fusionné avec les collectivités locales, l’opposition est le meilleur moyen de défendre ses positions.

Les Socialistes pratiquent la « maîtrise » dans la mondialisation mais proclament plus ou moins la rupture.

Les types de mesures préconisées procèdent toujours d’une nécessité anti capitaliste qui est identifiée au marché.

Toute tentative sérieusement réformiste est brocardée comme libérale. Aujourd’hui que le programme de gauche est minoritaire dans le pays, non que la France ait tourné à droite mais parce que l’annonce de l’efficacité de justice n’est pas au rendez-vous, alors les Socialistes se lancent dans une surenchère fascinée pour le marché, alors qu’ils devraient assumer leur gouvernance locale ou nationale pour inventer un nouveau départ.

Celui-ci doit procéder d’idées simples : le marché est une réalité qui ne peut pas tout mais sans lequel on ne peut rien.

Il ne s’agit pas de rendre les armes devant le capitalisme mais de promouvoir un modèle de développement efficace, juste et durable. Le socialisme ce n’est pas, plus, la rupture mais l’émancipation vis-à-vis de toutes les aliénations.

Il s’agit de retrouver de l’efficacité dans la justice sociale et ceci dans l’économie de marché et la mondialisation.

La fragmentation sociale ne permet plus aux Socialistes de se penser comme porteur du front de classes. Ils doivent rompre avec le classisme pour être les ingénieurs de la justice.

La démocratie implicative, l’Etat social décentralisé, la responsabilité partagée, l’égalité réelle, la conjugaison des droits individuels et collectifs. Autant de nouveaux concepts donnant une valeur propulsive au socialisme moderne où l’entreprise, la productivité, ne sont pas la racine de la société mais nécessaire à la société, bref un socialisme des libertés.

Pour autant les Socialistes ne sauraient « se subordonner » à une soi disant société adulte libérée des tensions inutiles, des errances utopiques, des illusions ou tensions anciennes. Bref, une impuissance stérile à envisager l’avenir, le fameux minima moralia annoncé par le philosophe Adorno.

Le socialisme nouveau reste un volontarisme de gauche et le volontarisme de gauche doit renouer avec sa pratique car c’est un réalisme tempéré par la justice.

Il n’y a rien, à partir de cette cohérence, à redouter du pouvoir. La refondation de la gauche ne passe ni par le girondisme oubliant l’alternative, ni dans la radicalité oublieuse de la réalité, ni dans la surenchère libérale négatrice de l’alternative de gauche.

Elle est sur la base de ses pratiques au quotidien ou au gouvernement dans l’invention d’un nouveau modèle de développement qui fasse de l’émancipation son drapeau.

Jean-Christophe Cambadélis
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Lundi 20 novembre 2006
publié dans : Analyses

« Malgré les jours difficiles, les doutes épuisants,

L’abaissement des convictions,

Malgré l’injustice latente, les calomnies sans risque,

Les outrages sans châtiment, nous poursuivons notre route »

Charles de Gaulle
9 octobre 1929
 
 

Les temps changent : Chirac ne sera plus jamais président, le parti Gaulliste s’est dissout dans une confédération libérale sifflant la ministre des armées ; L’écologie est avec Nicolas Hulot hors du parti écologiste ; Le Parti Communiste cherche à se faire adouber par les Trotskystes ; Arlette Laguiller n’est plus à la mode, Besancenot peine à y rester et José Bové à le devenir, Jean-Pierre Chevènement ne veut plus faire turbuler le système, c’est un démocrate chrétien Bayrou qui s’y colle. Jean-Marie Le Pen ne rêve plus de « marche sur Rome » mais de 3ème marche dans les sondages, Krivine a quitté le bureau politique de la LCR, Dieudonné salue Le Pen… Libération vote le plan Rothschild et James Bond est blond ! La France dit « au revoir » aux années 80. Les jeunes ne les ont pas connus, les actifs en sont revenus et les seniors n’en peuvent plus.

Tout change mais il reste quelques fondamentaux – les faits sont têtus, comme disait l’autre - on y reviendra mais beaucoup plus tard.

En attendant, au moment où le capitalisme est en fusion, où tout est acquisition, concentration, achat, le champ politique tend à se bipolariser, malgré ou à cause, de manifestations irruptives et passagères. Le dernier combat de Le Pen et l’émiettement des candidatures du « non » de gauche sont les dernières transitions du monde d’hier. Je rêvais du parti de toute la gauche, je crois que je vais être servi. Sarkozy et Ségolène Royal sont déjà dans le 2ème tour, ce qui devrait faire la joie des sondeurs à la recherche du perturbateur du premier.

La bataille finale sera vraisemblablement entre les deux champions, avec un Le Pen rêvant à un rôle d’arbitre face à une droite et une gauche sans réserve… La démocratie punitive bat son plein face à une représentation politique qui semble incapable de protéger ou de promouvoir dans la mondialisation.

Il est remarquable que tous les candidats soient, peu ou prou, dans le registre de la rupture et la colère pour capter les refus.

En son temps, Delors fut investit de cette façon par l’opinion. Mais il déclina l’offre, faute d’une majorité politique pour agir. A cette difficulté, il y aura la vérité des prix… des déficits, des réformes sociales… Il reste que depuis la fin des années Mitterrand nous vivons l’épuisement du parti d’Epinay. Il fut frappé à mort par la défaite de 2002. Il vient aujourd’hui de disparaître.

Le parti de militants a laissé la place au parti des adhérents, la stratégie d’union de la gauche a été remplacée par celle de l’opinion, la conquête du pouvoir par la volonté de le rendre, la démocratie représentative par internet, la transformation de la société par celle du quotidien, la politique de la rupture par la politique de la vie, l’idéologie par le vécu. Enfin, le leader n’est plus celui qui a sa « colline » inspirée comme disait de Gaulle, et le pratiquait Blum ou Mitterrand, mais celui qui se reconnaît en vous.

Cette nouvelle donne  commença par l’élection des responsables du PS au suffrage universel pour casser la logique des courants. Ce mouvement qui fut amplifié par les années Hollande et les nouveaux adhérents et trouva son débouché dans un plébiscite.

Quelles en sont les raisons ?


1/ « Tout sauf Sarkozy »

Inconditionnellement pour la défaite de Sarkozy ! Tel fut le mot d’ordre. La théologie de la rupture, les provocations verbales et l’alliance implicite avec l’électorat frontiste ont provoqué une peur et une réprobation violente dans l’électorat de gauche.

Tout doit être fait pour l’emporter ! Tel fut le sentiment dominant.

La défaite de Nicolas Sarkozy est un profond vecteur de mobilisation à gauche. Il ne s’agit plus d’influencer le centre de gravité socialiste au deuxième tour, comme en 2002 après 5 ans de pouvoir. Mais d’un puissant « Tout sauf Sarkozy ».

Si dans le débat, DSK a réussit un moment à imposer « qu’elle politique peut battre Sarkozy ? Et comment durer à gauche ? » Il ne pu rien face à un « qui peut battre Sarkozy ? » que les sondages pointaient. Le dernier appel de Ségolène Royal à voter fut de ce point de vue illustratif : « Toute voix pour moi est une voix en moins pour Sarkozy ». La crise à droite, le libéralisme de Sarkozy qui ne passe pas, la difficulté pour ce dernier de sortir du bilan Raffarin / De Villepin, la contestation de Bayrou et la montée de Le Pen, les fautes psychologiques et politiques du leader de l’UMP, tout fut balayé par un « il est dangereux».

Si chacun a reconnu la qualité des propositions de DSK, sa cohérence voir sa théorisation sociale démocrate de la mutation, l’appareil du PS puis les électeurs, sympathisants et adhérents ont répondu : « on verra après ! »


2/ Etre en phase avec l’opinion 

Traumatisés par l’élimination de Lionel Jospin au 1er tour de l’élection présidentielle de 2002, et par la défaite de sa consigne de voter « oui » lors du débat sur le Traité constitutionnel Européen. Fascinés par la fascination de l’opinion pour Ségolène Royal. Les « éléphants » puis les électeurs du Parti Socialiste n’ont pas voulu au final se distancier de l’opinion manifestée par les sondages. Le tout avec un maître mot : Elle gagne ! L’union de la gauche – mot que Ségolène Royal ne prononça pas – n’est plus la stratégie de conquête du pouvoir. C’est la mise en phase avec l’opinion qui devient le vecteur de la victoire.

Rien de choquant dans tout cela. La théorisation du « non » au référendum comme alternative au PS, les diatribes contre la gauche social libérale, l’émiettement de ce que l’on nomme improprement la gauche de la gauche, tout cela a fini par convaincre que dans l’état de division de celle-ci, seule Ségolène Royal pouvait transcender l’état des choses, par le soutien de l’opinion.

3/ La demande de renouvellement

Faire autrement, autre chose. Telle est l’aspiration du peuple de gauche. DSK a traduit ce moment par son fameux : « ne faire ni ce que fait la droite, ni ce que fit la gauche ». Son triptyque social-démocrate : la vérité, la croissance durable, l’efficacité contre les inégalités, a eu quelques succès.

Si le critère est la démocratie d’opinion, nul ne peut ignorer que dans ce contexte plébiscitaire, il a pris plus de 11 points, alors que Ségolène Royal en perdait tout autant.

On allait tout droit vers un ballottage, quand une habile campagne de victimisation fit croire à un deuxième tour épouvantable et provoqua un massif « le jeu n’en vaut pas la chandelle ».

En tous cas, DSK fut le seul à « challenger » Ségolène Royal, là où d’autres ont échoué ou jeté l’éponge. Tout simplement parce que il s’est situé d’emblée dans la demande de renouvellement. Ce fut notre nuance avec Lionel Jospin qui se voulait défenseur d’un bilan, d’une culture, d’une stratégie, alors que tout indiquait un nouveau cycle plus social-démocrate. La suite du Parti Socialiste se fera dans cette nouvelle donne. Un PS certes ! Mais profondément rénové, réarmé !

Si nous fûmes les premiers à saluer la victoire de Ségolène Royal et lui souhaiter plein succès dans sa tentative. On ne nous fera pas dire que 37 000 voix portées sur une orientation cohérente, une réponse économique et sociale, une stratégie pour le redressement de la France ou pour relancer l’Europe soient anodins. Nous étions une potentialité qui ne s’était pas comptée. Nous sommes une réalité avec laquelle il faudra compter. La détermination de ses militants, leur présence dans chaque section, leur volonté de continuer, tout en participant au combat contre Sarkozy a de quoi impressionner.

L’installation à cette occasion de DSK dans l’opinion, son émancipation, et l’émergence d’un réseau national, fait du courant « socialisme et démocratie » un socle incontournable pour demain.


Et maintenant

Le PS va-t-il avoir du mal à se rassembler ? Le PS a une culture rugbystique, si sur le terrain la bataille est rude, les mêlées ardentes et rugueuses et les rafuts saignants, après le match on se sert la main. On est fair-play. L’union au parti Socialiste n’est pas un combat, mais un état. Certes, on n’en est pas à la 3ème mi-temps, mais l’adversaire Nicolas Sarkozy ne nous semble pas devoir être ménagé.

Nous avons dit comment le battre et comment gouverner la France. Nous avons indiqué un chemin indispensable dans le feu de la bataille. Si nous avons posé un acte, le Parti socialiste a une candidate, qui a tous les moyens pour gagner : Ségolène Royal ! Quant au débat un peu surréaliste sur le rôle et la place du PS lancé par François Hollande. Ne vient-il pas un peu tard ? Il serait aujourd’hui pour le moins incongru de vouloir dicter à Ségolène Royal, ses thèmes, son calendrier et son organisation. Elle a voulu tous les moyens. Elle les a.

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Mercredi 24 mai 2006
publié dans : Analyses
Le 4 mai dernier, j'ai participé à l'une des 88 réunions de soutien à Dominique STRAUSS-KAHN J'étais invité dans les Bouches-de-Rhônes.

Vous pouvez écouter mon intervention en cliquant ici.

(durée: 24 minutes et 58 secondes - taille: 22,8 Mo)
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Mardi 20 septembre 2005
publié dans : Analyses


Je publie dans les pages Rebonds du quotidien Libération un article que vous pouvez retrouver ici.

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Jeudi 23 juin 2005
publié dans : Analyses

Texte publié dans Tribune Socialiste le 20 juin 05

L’homme qui murmurait à l’oreille de son cheval

Ils se rêvaient aigle à deux têtes. Ils nous proposent la « grande vadrouille », Louis de Funès-Sarkozy monté sur les épaules de Bourvil-de Villepin. Avec forces mimiques, Sarko tape régulièrement sur le casque du premier ministre pour qu’il le mène à bon port.

Voilà l’image grotesque que donne la France au lendemain d’un scrutin qui envoie au Président de la République un message simple, clair, massif et sans appel : dehors !

Toutes les crises, toutes les peurs, toutes les failles, toutes les blessures françaises se résument en une seule : la crise de régime.

La Vème République conçue pour affronter la décolonisation et réorienter la France vers le marché commun agonise depuis plus de 20 ans. Ce régime issu d’un coup d’état, abaisse la démocratie représentative au profit d’un monarque républicain. Cet état institutionnel n’est plus capable de répondre à une crise sociale qui nourrit la crise de régime et enflamme la crise nationale. Cette constitution que nous avons réformée est au milieu du guet, pas tout à fait présidentielle, pas du tout parlementaire. Le Président irresponsable mène une politique bien peu responsable, après voir tout promis et rien tenu. Il est l’image même d’une institution qu’il a affaiblie, affadie, racornie. La clé de voûte des institutions pèse 15% dans les sondages.

Et c’est à ce moment, à cet instant, que M. de Villepin vint. Que Chirac ait choisi, après le « non » à la constitution européenne, celui qui fut son œil chez les constituants puis le ministre de tutelle du texte est déjà tout un programme. Mais voilà, l’homme gargouille se veut surplomb de la vie française. Il s’imagine chevauchant les cheveux au vent devant un peuple de grognards, où il flâne flottant. Lamartine réalisant un 18 brumaire… Et emporté par son élan, il décrète les 100 jours…

On ne sait si la formule relève du lapsus ou de la prédication. Cette forte réminiscence napoléonienne ne dit rien qui vaillent. Entre trahison et échec voilà son époque pour le moins balisée.

De Villepin se veut napoléonien, tout du moins bonapartiste, si ce n’est gaullien.

Mais force est de constater que si le gouvernement a une apparence, M. de Villepin,  il a une réalité, le ministère de l’Intérieur.

Le premier ministre cherchait un cheval pour son royaume, le voilà monté par le Président de l’UMP. Nicolas Sarkozy, casaque police, toque présidentiable, tapote négligemment l’encolure de son premier ministre, tenant fermement le mord aux dents… Prêt à descendre quand il en a envie.

La réalité du pouvoir est là. Le ministre de l’Intérieur tient avec l’UMP, maintenant que l’UDF s’est dérobée, la réalité du pouvoir.

Celui-ci n’est pas social. Il est ordre et nation. Le discours de politique générale relève de la poudre aux yeux. Personne ne croit raisonnablement qu’en septembre le chômage sera résorbé, la France réinstallée, le social jugulé.

Par contre, l’ancien maire de Neuilly et toujours président du Conseil Général des Hauts de Seine donne le ton de ce gouvernement : « préparez mon arrivée ».

Seul un régime fort peut en finir avec le modèle français. Tel est le message de Nicolas Sarkozy. En attendant, M. de Villepin fait le boulot, le pragmatisme contre nos inerties. Mais Sarkozy se propose de le terminer, l’énergie libérale contre l’immobilisme social.

Pour ce faire, on agite les rigidités françaises, tant il est vrai qu’un modèle qui produit 10 millions de chômeurs et tout autant d’exclus et de précaires ne peut être une référence.

On oublie un peu vite que le dit système français a été sinistré par ceux là même qui veulent l’achever.

Les Français veulent, comme les peuples d’Europe, face à la mondialisation, protection, promotion, innovation. Sarkozy propose la protection des biens, la promotion des meilleurs et l’innovation par le CAC 40. C’est sa société libérale corsetée.

Il est le candidat du modèle anglo-saxon sous le drapeau de « la règle et de la nation ». Le refus de la Turquie pour rassembler les nationaux, le communautarisme pour les églises, la dérégulation pour la bourse et la sécurité pour les braves gens. Cela ne se veut pas sophistiqué, le bonapartisme ne l’a jamais été.

En attendant l’attelage gouvernemental a commencé dans le vaudeville où Cécilia jouait Joséphine et le ministère de l’Intérieur se révélait être un nouvel Rueil-Malmaison. Et il continuera entre claquements de porte, vraies fausses sorties et coquineries de toutes sortes.

Mais ne nous trompons pas, au travers de cette comédie de boulevard se joue un classique français. Un pays entre colère et amertume, un peuple entre passion et dépression, une classe politique revenue de tout et ne doutant de rien, une société fragmentée où l’intérêt général a laissé la place à la jalousie générale, un aquoibonisme rampant et un sauve-qui-peut-ma-vie flamboyant, entre peur de l’autre et espoir dans le lendemain, voilà une unité de temps bien bonapartiste. Généralement ce n’est pas l’avenir du cheval même s’il se prend pour un cavalier. C’est la cruauté d’un destin qui s’échappe, se dérobe dans les derniers pas de Chirac. L’illusion du pouvoir dans une histoire qui s’en va. Alors derrière les pauses, n’oublions jamais que de Villepin est un Bonaparte de transition, j’allais dire de balcon. Nous assistons à une simple répétition générale sans les moyens de l’action. Il abîme le pays, s’attaque aux fondamentaux, avance besogneux tout en se croyant beau… le voilà « Premier magnifique » d’une pièce où Sarkozy veut écrire l’épilogue. Pendant ce temps, Jacques Chirac fait mine de s’intéresser aux affaires du monde et rend l’Europe encore plus ingérable. Que voulez-vous, rien ne change… c’est l’Elysée.

 

Jean-Christophe CAMBADELIS

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