Texte publié dans Tribune Socialiste le 20 juin 05
Lhomme qui murmurait à loreille de son cheval
Ils se rêvaient aigle à deux têtes. Ils nous proposent la « grande vadrouille », Louis de Funès-Sarkozy monté sur les épaules de Bourvil-de Villepin. Avec forces mimiques, Sarko tape régulièrement sur le casque du premier ministre pour quil le mène à bon port.
Voilà limage grotesque que donne la France au lendemain dun scrutin qui envoie au Président de la République un message simple, clair, massif et sans appel : dehors !
Toutes les crises, toutes les peurs, toutes les failles, toutes les blessures françaises se résument en une seule : la crise de régime.
La Vème République conçue pour affronter la décolonisation et réorienter la France vers le marché commun agonise depuis plus de 20 ans. Ce régime issu dun coup détat, abaisse la démocratie représentative au profit dun monarque républicain. Cet état institutionnel nest plus capable de répondre à une crise sociale qui nourrit la crise de régime et enflamme la crise nationale. Cette constitution que nous avons réformée est au milieu du guet, pas tout à fait présidentielle, pas du tout parlementaire. Le Président irresponsable mène une politique bien peu responsable, après voir tout promis et rien tenu. Il est limage même dune institution quil a affaiblie, affadie, racornie. La clé de voûte des institutions pèse 15% dans les sondages.
Et cest à ce moment, à cet instant, que M. de Villepin vint. Que Chirac ait choisi, après le « non » à la constitution européenne, celui qui fut son il chez les constituants puis le ministre de tutelle du texte est déjà tout un programme. Mais voilà, lhomme gargouille se veut surplomb de la vie française. Il simagine chevauchant les cheveux au vent devant un peuple de grognards, où il flâne flottant. Lamartine réalisant un 18 brumaire Et emporté par son élan, il décrète les 100 jours
On ne sait si la formule relève du lapsus ou de la prédication. Cette forte réminiscence napoléonienne ne dit rien qui vaillent. Entre trahison et échec voilà son époque pour le moins balisée.
De Villepin se veut napoléonien, tout du moins bonapartiste, si ce nest gaullien.
Mais force est de constater que si le gouvernement a une apparence, M. de Villepin, il a une réalité, le ministère de lIntérieur.
Le premier ministre cherchait un cheval pour son royaume, le voilà monté par le Président de lUMP. Nicolas Sarkozy, casaque police, toque présidentiable, tapote négligemment lencolure de son premier ministre, tenant fermement le mord aux dents Prêt à descendre quand il en a envie.
La réalité du pouvoir est là. Le ministre de lIntérieur tient avec lUMP, maintenant que lUDF sest dérobée, la réalité du pouvoir.
Celui-ci nest pas social. Il est ordre et nation. Le discours de politique générale relève de la poudre aux yeux. Personne ne croit raisonnablement quen septembre le chômage sera résorbé, la France réinstallée, le social jugulé.
Par contre, lancien maire de Neuilly et toujours président du Conseil Général des Hauts de Seine donne le ton de ce gouvernement : « préparez mon arrivée ».
Seul un régime fort peut en finir avec le modèle français. Tel est le message de Nicolas Sarkozy. En attendant, M. de Villepin fait le boulot, le pragmatisme contre nos inerties. Mais Sarkozy se propose de le terminer, lénergie libérale contre limmobilisme social.
Pour ce faire, on agite les rigidités françaises, tant il est vrai quun modèle qui produit 10 millions de chômeurs et tout autant dexclus et de précaires ne peut être une référence.
On oublie un peu vite que le dit système français a été sinistré par ceux là même qui veulent lachever.
Les Français veulent, comme les peuples dEurope, face à la mondialisation, protection, promotion, innovation. Sarkozy propose la protection des biens, la promotion des meilleurs et linnovation par le CAC 40. Cest sa société libérale corsetée.
Il est le candidat du modèle anglo-saxon sous le drapeau de « la règle et de la nation ». Le refus de la Turquie pour rassembler les nationaux, le communautarisme pour les églises, la dérégulation pour la bourse et la sécurité pour les braves gens. Cela ne se veut pas sophistiqué, le bonapartisme ne la jamais été.
En attendant lattelage gouvernemental a commencé dans le vaudeville où Cécilia jouait Joséphine et le ministère de lIntérieur se révélait être un nouvel Rueil-Malmaison. Et il continuera entre claquements de porte, vraies fausses sorties et coquineries de toutes sortes.
Mais ne nous trompons pas, au travers de cette comédie de boulevard se joue un classique français. Un pays entre colère et amertume, un peuple entre passion et dépression, une classe politique revenue de tout et ne doutant de rien, une société fragmentée où lintérêt général a laissé la place à la jalousie générale, un aquoibonisme rampant et un sauve-qui-peut-ma-vie flamboyant, entre peur de lautre et espoir dans le lendemain, voilà une unité de temps bien bonapartiste. Généralement ce nest pas lavenir du cheval même sil se prend pour un cavalier. Cest la cruauté dun destin qui séchappe, se dérobe dans les derniers pas de Chirac. Lillusion du pouvoir dans une histoire qui sen va. Alors derrière les pauses, noublions jamais que de Villepin est un Bonaparte de transition, jallais dire de balcon. Nous assistons à une simple répétition générale sans les moyens de laction. Il abîme le pays, sattaque aux fondamentaux, avance besogneux tout en se croyant beau le voilà « Premier magnifique » dune pièce où Sarkozy veut écrire lépilogue. Pendant ce temps, Jacques Chirac fait mine de sintéresser aux affaires du monde et rend lEurope encore plus ingérable. Que voulez-vous, rien ne change cest lElysée.
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