Lundi 20 novembre 2006
publié dans : Analyses

« Malgré les jours difficiles, les doutes épuisants,

L’abaissement des convictions,

Malgré l’injustice latente, les calomnies sans risque,

Les outrages sans châtiment, nous poursuivons notre route »

Charles de Gaulle
9 octobre 1929
 
 

Les temps changent : Chirac ne sera plus jamais président, le parti Gaulliste s’est dissout dans une confédération libérale sifflant la ministre des armées ; L’écologie est avec Nicolas Hulot hors du parti écologiste ; Le Parti Communiste cherche à se faire adouber par les Trotskystes ; Arlette Laguiller n’est plus à la mode, Besancenot peine à y rester et José Bové à le devenir, Jean-Pierre Chevènement ne veut plus faire turbuler le système, c’est un démocrate chrétien Bayrou qui s’y colle. Jean-Marie Le Pen ne rêve plus de « marche sur Rome » mais de 3ème marche dans les sondages, Krivine a quitté le bureau politique de la LCR, Dieudonné salue Le Pen… Libération vote le plan Rothschild et James Bond est blond ! La France dit « au revoir » aux années 80. Les jeunes ne les ont pas connus, les actifs en sont revenus et les seniors n’en peuvent plus.

Tout change mais il reste quelques fondamentaux – les faits sont têtus, comme disait l’autre - on y reviendra mais beaucoup plus tard.

En attendant, au moment où le capitalisme est en fusion, où tout est acquisition, concentration, achat, le champ politique tend à se bipolariser, malgré ou à cause, de manifestations irruptives et passagères. Le dernier combat de Le Pen et l’émiettement des candidatures du « non » de gauche sont les dernières transitions du monde d’hier. Je rêvais du parti de toute la gauche, je crois que je vais être servi. Sarkozy et Ségolène Royal sont déjà dans le 2ème tour, ce qui devrait faire la joie des sondeurs à la recherche du perturbateur du premier.

La bataille finale sera vraisemblablement entre les deux champions, avec un Le Pen rêvant à un rôle d’arbitre face à une droite et une gauche sans réserve… La démocratie punitive bat son plein face à une représentation politique qui semble incapable de protéger ou de promouvoir dans la mondialisation.

Il est remarquable que tous les candidats soient, peu ou prou, dans le registre de la rupture et la colère pour capter les refus.

En son temps, Delors fut investit de cette façon par l’opinion. Mais il déclina l’offre, faute d’une majorité politique pour agir. A cette difficulté, il y aura la vérité des prix… des déficits, des réformes sociales… Il reste que depuis la fin des années Mitterrand nous vivons l’épuisement du parti d’Epinay. Il fut frappé à mort par la défaite de 2002. Il vient aujourd’hui de disparaître.

Le parti de militants a laissé la place au parti des adhérents, la stratégie d’union de la gauche a été remplacée par celle de l’opinion, la conquête du pouvoir par la volonté de le rendre, la démocratie représentative par internet, la transformation de la société par celle du quotidien, la politique de la rupture par la politique de la vie, l’idéologie par le vécu. Enfin, le leader n’est plus celui qui a sa « colline » inspirée comme disait de Gaulle, et le pratiquait Blum ou Mitterrand, mais celui qui se reconnaît en vous.

Cette nouvelle donne  commença par l’élection des responsables du PS au suffrage universel pour casser la logique des courants. Ce mouvement qui fut amplifié par les années Hollande et les nouveaux adhérents et trouva son débouché dans un plébiscite.

Quelles en sont les raisons ?


1/ « Tout sauf Sarkozy »

Inconditionnellement pour la défaite de Sarkozy ! Tel fut le mot d’ordre. La théologie de la rupture, les provocations verbales et l’alliance implicite avec l’électorat frontiste ont provoqué une peur et une réprobation violente dans l’électorat de gauche.

Tout doit être fait pour l’emporter ! Tel fut le sentiment dominant.

La défaite de Nicolas Sarkozy est un profond vecteur de mobilisation à gauche. Il ne s’agit plus d’influencer le centre de gravité socialiste au deuxième tour, comme en 2002 après 5 ans de pouvoir. Mais d’un puissant « Tout sauf Sarkozy ».

Si dans le débat, DSK a réussit un moment à imposer « qu’elle politique peut battre Sarkozy ? Et comment durer à gauche ? » Il ne pu rien face à un « qui peut battre Sarkozy ? » que les sondages pointaient. Le dernier appel de Ségolène Royal à voter fut de ce point de vue illustratif : « Toute voix pour moi est une voix en moins pour Sarkozy ». La crise à droite, le libéralisme de Sarkozy qui ne passe pas, la difficulté pour ce dernier de sortir du bilan Raffarin / De Villepin, la contestation de Bayrou et la montée de Le Pen, les fautes psychologiques et politiques du leader de l’UMP, tout fut balayé par un « il est dangereux».

Si chacun a reconnu la qualité des propositions de DSK, sa cohérence voir sa théorisation sociale démocrate de la mutation, l’appareil du PS puis les électeurs, sympathisants et adhérents ont répondu : « on verra après ! »


2/ Etre en phase avec l’opinion 

Traumatisés par l’élimination de Lionel Jospin au 1er tour de l’élection présidentielle de 2002, et par la défaite de sa consigne de voter « oui » lors du débat sur le Traité constitutionnel Européen. Fascinés par la fascination de l’opinion pour Ségolène Royal. Les « éléphants » puis les électeurs du Parti Socialiste n’ont pas voulu au final se distancier de l’opinion manifestée par les sondages. Le tout avec un maître mot : Elle gagne ! L’union de la gauche – mot que Ségolène Royal ne prononça pas – n’est plus la stratégie de conquête du pouvoir. C’est la mise en phase avec l’opinion qui devient le vecteur de la victoire.

Rien de choquant dans tout cela. La théorisation du « non » au référendum comme alternative au PS, les diatribes contre la gauche social libérale, l’émiettement de ce que l’on nomme improprement la gauche de la gauche, tout cela a fini par convaincre que dans l’état de division de celle-ci, seule Ségolène Royal pouvait transcender l’état des choses, par le soutien de l’opinion.

3/ La demande de renouvellement

Faire autrement, autre chose. Telle est l’aspiration du peuple de gauche. DSK a traduit ce moment par son fameux : « ne faire ni ce que fait la droite, ni ce que fit la gauche ». Son triptyque social-démocrate : la vérité, la croissance durable, l’efficacité contre les inégalités, a eu quelques succès.

Si le critère est la démocratie d’opinion, nul ne peut ignorer que dans ce contexte plébiscitaire, il a pris plus de 11 points, alors que Ségolène Royal en perdait tout autant.

On allait tout droit vers un ballottage, quand une habile campagne de victimisation fit croire à un deuxième tour épouvantable et provoqua un massif « le jeu n’en vaut pas la chandelle ».

En tous cas, DSK fut le seul à « challenger » Ségolène Royal, là où d’autres ont échoué ou jeté l’éponge. Tout simplement parce que il s’est situé d’emblée dans la demande de renouvellement. Ce fut notre nuance avec Lionel Jospin qui se voulait défenseur d’un bilan, d’une culture, d’une stratégie, alors que tout indiquait un nouveau cycle plus social-démocrate. La suite du Parti Socialiste se fera dans cette nouvelle donne. Un PS certes ! Mais profondément rénové, réarmé !

Si nous fûmes les premiers à saluer la victoire de Ségolène Royal et lui souhaiter plein succès dans sa tentative. On ne nous fera pas dire que 37 000 voix portées sur une orientation cohérente, une réponse économique et sociale, une stratégie pour le redressement de la France ou pour relancer l’Europe soient anodins. Nous étions une potentialité qui ne s’était pas comptée. Nous sommes une réalité avec laquelle il faudra compter. La détermination de ses militants, leur présence dans chaque section, leur volonté de continuer, tout en participant au combat contre Sarkozy a de quoi impressionner.

L’installation à cette occasion de DSK dans l’opinion, son émancipation, et l’émergence d’un réseau national, fait du courant « socialisme et démocratie » un socle incontournable pour demain.


Et maintenant

Le PS va-t-il avoir du mal à se rassembler ? Le PS a une culture rugbystique, si sur le terrain la bataille est rude, les mêlées ardentes et rugueuses et les rafuts saignants, après le match on se sert la main. On est fair-play. L’union au parti Socialiste n’est pas un combat, mais un état. Certes, on n’en est pas à la 3ème mi-temps, mais l’adversaire Nicolas Sarkozy ne nous semble pas devoir être ménagé.

Nous avons dit comment le battre et comment gouverner la France. Nous avons indiqué un chemin indispensable dans le feu de la bataille. Si nous avons posé un acte, le Parti socialiste a une candidate, qui a tous les moyens pour gagner : Ségolène Royal ! Quant au débat un peu surréaliste sur le rôle et la place du PS lancé par François Hollande. Ne vient-il pas un peu tard ? Il serait aujourd’hui pour le moins incongru de vouloir dicter à Ségolène Royal, ses thèmes, son calendrier et son organisation. Elle a voulu tous les moyens. Elle les a.

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