Jeudi 20 avril 2006
publié dans : Bloc-Notes
Milosevic ou le côté obscur du 21ème siècle
Pour quelles raisons les dictateurs échappent au jugement des hommes ? Hier Franco, Salazar, Somoza, Amine Dada. Aujourd’hui, Pinochet, Charles Taylor, ou les Khmers Rouges, tout comme Slobodan Milosevic, ses frères siamois de la terreur, semblent ne pouvoir être jugés. Et l’exception Sadam Hussein ne semble pour l’instant pas tout à fait probante. La justice démocratique peine à condamner les tenants de la justice expéditive. Il reste l’Histoire. Et elle sera pour des siècles, féroce ! Milosevic, médiocre bureaucrate de l’ex-parti communiste est un enfant de l’après chute du Mur de Berlin. Il est l’expression même du tournant nationaliste des PC. Lorsque le 24 avril 1987, au Kosovo, il prononça les mots « personne n’a le droit de frapper ce peuple ». Il enflamme les Serbes mais il n’est déjà que la conséquence du double impact de la « dé-soviétisation » de l’Europe de l’Est et de la mort de Tito. Si la désaffiliation unilatérale de la Slovénie avec le soutien de l’Allemagne et du Pape Jean-Paul II n’aura pas été sans conséquence dans l’éclatement de l’ex-Yougoslavie. Pour se maintenir au pouvoir, les ex-communistes ont eux sombré dans le nationalisme. Milosevic passe alors allègrement de la fausse lutte des damnés de la terre à la vraie purification ethnique meurtrière. Il provoqua 200 000 morts et deux millions de réfugiés. Vukovar, Sarajevo, Sébrénica, furent les villes martyres de l’Europe. Sa stratégie de la terreur fut d’abord appuyée par « tout un peuple ». Cela fit de lui l’homme incontournable des accords de 1995 à Paris, sous l’œil impavide de Jacques Chirac, Bill Clinton et Helmut Kohl. Il ne s’arrêta pas là car il ne pouvait se maintenir au pouvoir qu’au prix d’une « vision » hystérique de la nation Serbe. Et ce fut la razzia sur le Kosovo. L’intervention internationale et la colère nationale eurent raison du dictateur.
Produit d’une dé-communisation, d’une déstalinisation, la fuite nationaliste d’un médiocre bureaucrate provoqua la dernière guerre européenne.
L’homme résumait à lui tout seul le côté obscur de ce 20ème siècle, la barbarie des nationalismes et du collectivisme forcé.
 
Le cruel aveu de Monsieur Villepin
 
Le 1er ministre n’abroge donc pas le texte du CPE. Il propose d’ouvrir immédiatement des négociations pour construire de nouvelles garanties. S’il faut négocier des garanties nouvelles c’est quelles n’existent pas dans le texte. Et si elles n’existent pas, les syndicats, les lycéens, les étudiants et la gauche ont raison de protester. Bel aveu Monsieur Villepin !
La manœuvre du 1er ministre est cousue de fil blanc. Il s’agit de commencer à négocier, à partir dudit CPE pour faire entériner par les syndicats l’adoption du texte. Toute la méthode Villepin est là, un mélange d’angélisme calculateur et de passage en force dominateur. N’importe quel gouvernement se serait enquit auprès des syndicats sur le caractère praticable de ladite tentative. Villepin ne s’embarrasse pas de ces accointances subalternes, à Borloo et Larché de faire « l’affaire ».
Mais voilà Force Ouvrière et la CFDT ont dit « non » et il est si peu probable que la CGT dise « oui ». La tentative est donc vouée à l’échec. Reste donc le grand classique du pourrissement par la provocation. C’est là que Monsieur Sarkozy intervient. A peine quitté son maillot de bain de retour de la Martinique. Le ministre de l’Intérieur prend les choses en main et en direct depuis son avion. Et il fait savoir que la Sorbonne est reprise en moins de dix minutes ! Chapeau bas Monsieur Sarkozy, mieux que Marcellin ! Chronomètre à la main, Sarkozy joue les Cromwell au Quartier Latin ! Il pousse le Premier ministre à tenir bon –la théologie de la rupture est en jeu – mais lui savonne la planche par de Charrette interposé. Il sait que la radicalisation est à l’œuvre dans les facultés. Il veut jouer à nouveau le « facteur d’ordre ». La martingale Villepin-Sarkozy est dangereuse. Elle peut à chaque instant déraper. L’obstination de l’exécutif en porterait la responsabilité. Il faut noter que les présidents d’université sont inquiets. Ils manifestent leur solidarité. Il serait bon que la Conférence des Présidents d’Université interpelle le gouvernement avant le 18 mars. Ils sont aujourd’hui les intercesseurs possibles pour obtenir la suppression du texte et l’ouverture des négociations.
Quant aux socialistes, il ne s’agit pas d’appuyer la manifestation mais d’y participer pour ne pas laisser les jeunes seuls face à Nicolas Sarkozy. Pendant ce temps, Jacques Chirac regarde, l’œil dans le vague… On a l’impression qu’il finit par trouver le temps long !
 
« Ségolène, DSK, Fabius et la Valse… »
 
L’embellie royale de Ségolène n’en finit pas de faire couler de l’encre. Cette dernière en joue et on ne saurait lui en faire grief. Elle joue parfaitement « l’Arlésienne du Poitou », une volonté en attendant un projet. Ceci lui permet d’engranger le « désir d’avenir » sans avoir à le définir. Lionel Jospin, qui se laissait tout ouvert voit ainsi –provisoirement ?- la porte du recours fermée. Il nous semble que cet effet « anti-cyclone » Ségolène n’avait pas échappé au 1er secrétaire. Mais maintenant François Hollande est bien ennuyé. Le voilà réduit à nous dire –via le Parisien- qu’il peut parfaitement être un premier ministrable de Ségolène… On frise le vaudeville !
Ce week-end Laurent Fabius et DSK se sont mesurés, à distance, sans encore se défier.
DSK a tenté de définir un contour à sa démarche. Il veut combattre les trois renoncements de la vie politique française : la rupture libérale Sarkozienne, l’adaptation au marché et la fuite gauchisante. Pour ce faire, DSK veut incarner une vraie gauche audacieuse et réaliste qui fasse rimer socialisme et modernité. Il estime qu’il n’y aura pas de renouveau européen sans renouveau français et ce dernier a besoin d’une nouvelle gauche.
Laurent Fabius ne change pas si ce n’est le petit slogan « solide » mis sur le pupitre. On comprend évidemment pourquoi. L’ancien 1er ministre a fait le pari de son caractère « gaucho-compatible » et de sa capacité à rassembler cette partie de l’échiquier. Ceci au risque d’être une nouvelle fois enfermé par Jean-Pierre Chevènement, dans le camp du « non » mais amputé cette fois-ci du PCF, de la LCR et d’Attac. Une stratégie de l’offre contre une stratégie de la demande voilà somme toute, un débat stratégique qui n’est pas déshonorant à défaut d’être pour le moment audible.
Quant à savoir qui de Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn ou Laurent Fabius, l’emportera, il est bien trop tôt pour le dire. D’abord à cause de la fluidité du nombre des présidentiables, personne ne peut aujourd’hui dire qui et comment ? Ensuite, parce que les socialistes en novembre ne se prononceront pas par « pour qui ? » mais par « pourquoi ? ». Ils n’ont pas seulement envie de gagner mais de durer car il y a les municipales, les régionales et les cantonales derrière la présidentielle.
Alors en attendant l’ami Manuel nous excusera mais la Valse est la danse du moment. « Je ne vois que Jospin, mais le meilleur c’est DSK, si ce n’est que Fabius a pris de l’avance, remarques bien Jack est formidable, François aurait pu, d’ailleurs il peut encore, mais Ségolène je ne vois pas comment on l’arrête… » . Chacun suppute, pronostique ou répète à l’envie des analyses d’un jour en prenant soin d’être dans le coup, tous les jours, mais cela se dénouera les derniers jours. Car la valse à plusieurs temps ne dure qu’un moment et puis il faudra bien répondre qui ? Pour quoi faire ? Pour l’instant le thème fait un peu trop « rap » pour nombre de camarades. Alors puisque le temps est aux fourmis, laissons les cigales chanter et les danseurs valser…
 
 
 
 
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