Jeudi 20 avril 2006
publié dans : Bloc-Notes
L’épidémie là où le gouvernement ne l’attendait pas

On attendait les « oiseaux », ce fut la fièvre de « l’homme courbé ». Depuis le retour de la Réunion de Dominique Strauss-Kahn et de Jean-Marie Le Guen, leur appel dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, la situation s’est aggravée. Le Premier ministre a été contraint de bouger. Dominique Strauss-Kahn demandait la consultation des groupes parlementaires sur le drame réunionnais, des mesures d’urgence, de protection, de prévention et de recherches, ce que le Premier ministre a annoncé.

Oui le gouvernement a tardé à réagir même si la situation ne milite pas pour la polémique.

Un ministre de l’Intérieur dépassé

Le « gang des barbares », le bien nommé a pris Nicolas Sarkozy et ses annonces sur l’immigration à revers. Le problème n’est pas l’immigration « choisie » mais l’immigration « réussie ». Quand un immigré décide de venir en France, il sait pourquoi. L’arrachement à son pays d’origine, à ses racines est imposé par des questions sociales, de pauvreté, de famine. Tant que cette question ne sera pas prise à bras le corps, les formules sur l’immigration « zéro » ou les quotas ne seront que des gesticulations stigmatisantes, avec des arrières pensées électorales.

Mais les enfants de ces migrants sont dans une situation totalement différente. Ils sont là parce que leurs parents sont là. Fofana fuit symboliquement en Côte d’Ivoire après son forfait. Ces jeunes sont pris entre la détestation de la culture de leurs parents, la situation subalterne qu’elle induit, et une relégation, sans horizon, qui leur est faite en France. Cette réalité leur interdit de croire dans une « culture française ».

Alors le désir d’appartenance trouve son exutoire dans les « groupes au pied des tours ». L’absence d’empathie conduit tout autant à uriner sur les portes dans les escaliers, que de brutaliser ceux qui perturbent le « territoire » de « leur » cité. Leur culture n’est ni la religion, ni le pays d’accueil, ni le pays d’origine, mais un melting pot fait de violence, de fantasmes, et ritualisé de références vestimentaires et de codes issus des banlieues nord américaines. Il y a tout autant une panne d’intégration qu’une panne d’acceptation.

L’antisémitisme n’était pas la cause principale mais l’accélérateur d’un passage à l’acte. La monstruosité du geste est évidemment monstrueusement utilisée par le FN et Monsieur de Villiers qui le ramènent à une dimension raciale ou religieuse. Elle est le lointain écho de la stigmatisation Sarkozienne. Cette guerre de tous contre tous est la réponse néo conservatrice par excellence où l’ordre n’est pas socialement nécessaire mais ethniquement nécessaire. Si cette question nous renvoie (au-delà de l’union nationale contre l’horreur) à la question de l’identité française, voir d’une culture européenne. Si elle pose l’autre problème, celui de l’intégration réussie. Si elle révèle d’une manière crue la crise de la représentation. Si elle souligne l’urgence sociale, elle pose aussi la nouvelle question civique que l’on ne peut laisser à la famille, réponse de droite, à l’école, réponse de gauche. Il s’agit de la constitution d’une nouvelle conscience civique autour d’un «service civil» obligatoire.

Une conjoncture redoutable

Les émeutes contre les caricatures de Mahomet ont débouché en Irak sur la guerre des mosquées, qui placent le pays en situation de guerre civile, alors que Saddam Hussein ridiculise son tribunal. On ne peut être que inquiet de cette ligne de feu qui ne s’éteint jamais de Tunis au Caire, de Damas à Karachi. L’instrumentalisation des caricatures de Mahomet par les Chiites pour desserrer l’étau contre la Syrie et l’Iran. L’impossible dialogue entre le Hamas Palestinien et le gouvernement Israélien, l’évidente tentation de Mahmoud Ahmadinejad de s’assurer le leadership arabo-musulman, pour protéger son but stratégique, l’arme nucléaire. La guerre civile rampante au Pakistan et les morts en Syrie, voilà un paysage de chao qui mériterait un débat européen pour un plan de stabilisation.

Etrangler financièrement l’autorité Palestinienne après avoir financée sans trop y regarder, n’est pas une solution de long terme. Reconnaître un état qui a décidé d’en faire disparaître un autre, non plus. S’il n’y a plus de politique arabe de la France, on peine à voir une politique arabo musulmane de l’Europe. Il est pourtant, là aussi, urgent d’agir.

Villepin sombre, Sarkozy radicalise

La chute de Villepin dans les sondages n’est pas une surprise. Nous l’annoncions dans ces colonnes dès le CPE annoncé. On aurait tord de sous-estimer les mouvements de la jeunesse scolarisée contre le CPE. Jusqu’à présent les jeunes, vacances obligent, ne pouvaient se mettre en grève, les syndicats tâtaient l’eau. Bref, la jeunesse ne pouvait embrayer et les syndicats ne voulaient pas débrayer. C’est maintenant chose faite et la manifestation du 7 mars marquera un nouveau palier de mobilisation. Villepin a ruiné sa posture de l’entre-deux, ni Sarkozy, ni la gauche, pour tenter de séduire le noyau dur de la droite. Il a perdu sur tous les tableaux. Il a beau s’agiter sur tous les fronts, la fusion EDF-Suez fait partie de cette agitation, chacun de ses gestes aujourd’hui est source de ressentiments. Nicolas Sarkozy lui rappelle chaque semaine qu’il est candidat comme ces jours-ci à Lyon ou à Paris.

Mais la controverse sur le CNE ou le CPE a donné la forme visible, appréhendable par tous, au débat autour de la rupture avec notre modèle. Après la thématique de la rupture, Nicolas Sarkozy, lui, en rajoute. Il veut maintenant briser tous les tabous de la société française. Décidément le ministre de l’intérieur aura bien mérité son surnom de « casseur ». Et le Président de l’UMP est d’ailleurs mécaniquement contraint de le faire, car il ne veut pas être entraîné à la baisse par Chirac-Villepin. Alors il radicalise : « Acquis sociaux, indemnisation des chômeurs sans contre partie, 35 heures, Zones d’Education Prioritaires, droits de succession, Education nationale, carte scolaire, indépendance de la justice, le ministre de l’Intérieur a appelé son assistance à briser tous les « tabous » de la société française » nous dit Le monde du 25 février. Rarement un scrutin annoncé comme en 1962 ou en 1981 aura concentré un tel enjeu pour la France.
L’élection de la droite, ce n’est pas seulement l’injustice ou l’insécurité sociale, c’est précipiter la France dans une épreuve de force, rampante, avec comme seule boussole le monde anglo-saxon.

Ségolène et Lionel

Après François et Laurent puis le retour de Jospin 1, Hollande l’irrésistible homme de l’année 2004, puis François contre Laurent et le retour Jospin 2, nous voilà installé dans la «match dans le match»: Ségolène et Lionel.

Depuis l’annonce inéluctable de l’élection de Balladur dans Le Monde, deux ans avant son élimination au 1er tour de la présidentielle de 1995, nous connaissons ces emballements sondagiés et leur corollaire, le préjugé médiatique.

Essayons de comprendre les raisons de l’engouement.
Devant une parole du PS dévaluée, car elle s’est relativisée, voir banalisée parce que portée par un présidentiable parmi d’autres. Devant « l’image » même du flottement, le PS est bousculé dans les sondages. L’opinion ulcérée par la politique du gouvernement exige du PS de l’audace dans l’alternative. Pour dénouer cette situation, l’opinion ne voyait que les primaires. Mais ces dernières induisent la compétition, la concurrence, le dissensus qui brouille à son tour le discours. Comme on a dit dans le même temps à l’opinion plusieurs choses contradictoires, nous déciderons en novembre, c’est l’opinion qui décantera les candidats mais il n’est pas temps de faire campagne. Alors celle-ci plébiscite tout ce qui peut bousculer le dispositif, tout ce qui tranche avec ce qui lui semble flou.

Ségolène, avec son « volontarisme basiste et compassionnel », apparaît loin des dites querelles et donc le bon vecteur pour faire bouger le PS. Et Lionel Jospin surf sur son « possible » en déployant autour de son livre à succès une conviction. Elle semble savoir où elle va dans un PS qui ne le saurait pas.

Si l’opinion n’a pas définitivement choisit son candidat, elle manifeste son type d’opposition : la proximité, la volonté, la cohérence, la conviction. Le message est à méditer, il ne nous est pas éloigné. Maintenant gardons nous de développer des arguments jugés comme définitifs. Ségolène Royal veut incarner une novation, très bien ! Mais dire qu’elle serait la seule à défendre la réforme, le renouveau, c’est prendre le risque, au cas où sa campagne ne serait pas couronnée de succès, d’enfermer le candidat désigné dans le conservatisme. De même, la thématique  «Jospin sinon rien», «Lionel est le seul homme d’Etat du PS», risque de désarmer notre candidat si Lionel ne venait pas. « Lionel Jospin est un homme d’Etat dans un Parti Socialiste qui n’en manque pas ».
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