Lundi 10 mars 2008
publié dans : Bloc-Notes
Un vrai manque d'assentiment pour Sarkozy et le pouvoir

undefinedDix mois après la présidentielle, huit mois après les législatives, Nicolas Sarkozy et l’UMP sont face à un vrai manque d’assentiment pour leur politique. On pourrait même dire qu’ils sont confrontés à un certain ressentiment. Le rapport de force s’est inversé avec plus de 47% pour la gauche et 40% pour l’UMP. Mais de là à parler de vote sanction c’est au mieux aller vite en besogne. La désapprobation est dans le pays, la désaffection de la droite populaire est dans les urnes, mais la sanction ne s’est pas encore exprimée !

La dynamique présidentielle s’est délitée, oui ! La majorité UMP s’est anémiée, certainement ! Mais la sociologie de la droite classique a parlé là où il y avait quelqu’un capable de la porter, c’est toute la différence avec les régionales.

La gauche progresse partout, sauf au Puy en Velay, à Chaumont et dans une moindre mesure à Angers. La vague de la gauche a utilisé indifféremment PS ou PC. Il faut quand même encore une fois souligner que la victoire à Lyon, la dynamique à Lille, Marseille, Paris voire Toulouse et Strasbourg, n’est pas sans signification. Gagner dès le premier tour à Lyon, enregistrer des scores historiques à Lille, Paris et Toulouse, ne va pas de soit…

Lorsque la droite mise tout sur un sursaut de son électorat au deuxième tour, c’est tout dire ! Pas facile pour elle lorsqu’il faut dans le même temps le dépolitiser au maximum.

L’UMP maintient donc le cap, présentant ainsi une figure autiste au désir d’inflexion, de changement de la politique du pouvoir.

La droite s’accroche à la situation électorale favorable de ses ministres et présente ainsi le visage avenant du « tout va bien » ou « c’est moins pire ». Ce qui peut dans le contexte soit agacer soit démobiliser.

Dans cet entre deux tours, l’UMP ne peut ni infléchir ni confirmer sa politique pour mobiliser. Elle espère un rejet mécanique d’une gauche triomphaliste. Voilà pourquoi il était encore psychologiquement malvenu de parler de sanction. A droite, la soirée se résume dans cette apostrophe effrayée de Rachida Dati « pas de chèque en blanc à la gauche » ou cette tentative désespérée de Jean-François Copé « ils vont augmenter les impôts ». On comprend pourquoi.

La droite est donc sur la défensive et la gauche à l’offensive. Mais l’UMP recule sans cesse, ce qui encoderait une défaite nette. Ce fut Strasbourg puis Toulouse et aujourd’hui Marseille. Car la symbolique médiatique est censée contenir la réalité. Pourtant elle est sans appel. Il n’y a pas d’assentiment dans le pays pour la politique de l’UMP et un ressentiment contre Sarkozy.

Dans ces conditions, réduire les déficits et conduire les « réformes » sans marge de manœuvre budgétaire, relèvera du tour de force.

D’autant que la présidence française de l’Europe peut difficilement être un rebond. Il suffit pour s’en convaincre de voir comment Nicolas Sarkozy a dû reculer sur son union méditerranéenne sans l’Allemagne.

Donc pour la droite c’est « perd, impasse et manque ! »

Elle perd le 1
er tour, elle est dans une impasse politique et manque d’assentiment pour son président.

L’autre enseignement est l’accentuation du « bi campisme ». Un camp avec comme colonne vertébrale l’UMP et l’autre avec le PS. Le Front National ne récupère pas les mécontents du Sarkozisme comme il l’espérait. Et dans l’autre camp, si le PCF se maintient dans ses bastions, il est « PS dépendant ». Alors que les Verts ratent de peu une élection locale qui était hier leur terrain, la LCR, elle, n’a pas à rougir de son score même s’il ne pèse pas sur le débat central.

Quand à l’UDF, sa tentative de tactique élastique pour éviter cette tenaille n’est pas couronnée de succès. François Bayrou peut trébucher à Pau et entamer son crédit national. Et Madame Marielle de Sarnez ne réussit pas à être incontournable sur tout Paris.

Pour autant il y a un électorat MoDem qui se maintient entre 5 et 10% et nous verrons au second tour si il a suivi la campagne anti Sarkozy de son champion ou s’il rejoint la majorité qui, dès dimanche soir, tentait l’OPA.

Il y a ici un paradoxe amusant. François Bayrou a besoin à Pau des voix d’une droite qu’il a conspuée pour espérer l’emporter. Et la droite UMP a besoin de chercher François Bayrou qu’ils ont tenté avec l’ouverture de marginaliser.

Le PS se voit conforter dans son rôle pivot de l’opposition, avec force mais sans triomphalisme. Le socialisme municipal se porte bien – peut être trop bien – Et la stratégie de l’alliance prioritaire à gauche, sans exclure du dialogue ceux qui refusent l’UMP, est plutôt gagnante.

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