Jeudi 25 octobre 2007
publié dans : Bloc-Notes
plume_note.jpgChangement de climat

Et puis il fit froid ! Le soleil était toujours là mais on grelottait déjà sous le frimas de l'automne. Ce n'était plus tout à fait l'état de grâce. Le thermomètre des sondages indiquait la baisse et en haut lieu on s'inquiétait. La semaine cumulait tout à la fois le mécontentement politique et les désagréments personnels. Le Président de la République cherchait à rebondir, car rien n'allait plus : L'Elysée sans elle, une grève totale à défaut de grève générale, l'Europe à minima, la tâche de l'ADN (marque génétique indélébile de ce que le Président doit au Front National), le prix du baril de pétrole qui s'envole, les déficits qui se creusent, un paquet fiscal boulet électoral, symbole d'une politique pour les riches ; Et voilà Nicolas Sarkozy qui s'installe en demi saison. Il n'est plus tout à fait triomphant et va inéluctablement vers le moins bien.

Le retour des grèves publiques, la contestation rampante des couches moyennes, le froncement de sourcils des couches populaires devant le pouvoir d'achat en berne, l'inexorable nécessité de rétablir par l'austérité des comptes dégradés. Un Grenelle de l'environnement tellement « bio » qu'il n'arrive pas à faire sens, sans évoquer le feuilleton EADS et l'ire de Villepin. Et au bout. des municipales en demi teinte ou les gains sont incertains dans les grandes villes et le rapport de force défavorable dans les petites. Et puis cette tristesse au fond de l'oil. Décidément ce divorce n'annonce rien de bien. et si cela faisait image, un divorce, pensez donc ! Pour l'opinion, cela peut donner des idées. Il est temps de se reprendre !

Alors le Président de la République décide de contre attaquer avec comme étendard le maigre drapeau du traité simplifié. En politique, il faut gérer l'initiative et Sarkozy décida de la reprendre.

Le traité « S »

Dans la nuit du jeudi 18 au vendredi 19 octobre, les 27 chefs d'état et de gouvernements de l'Union Européenne sont parvenus à un accord. un nouveau traité destiné à améliorer le fonctionnement des institutions. Un traité qui réforme les traités antérieurs pour rendre l'Europe plus gouvernable, un traité qui est le premier négocié depuis que l'Europe élargie en 2004 et 2007 aux pays d'Europe centrale, aux pays baltes, à Malte, et à Chypre a atteint la dimension continentale. Un traité qui met un terme à la querelle institutionnelle (non issue de l'échec français au traité constitutionnel, mais présente depuis Maastricht). Un traité à ce point à minima que le Président de la République l'avait intitulé, faute de mieux « simplifié ». Et pourtant ce « S » . mais c'est bien sûr ! Ce « S » C'est celui de Sarkozy !

Et en un mot le traité simplifié devint. le traité « Sarkozy ». C'est lui qui l'a pensé, c'est lui qui l'a négocié, c'est lui qui l'a accouché.

Un Président visionnaire. Il y avait pensé dès la présidentielle. Un Président pragmatique. il a convaincu les plus récalcitrants. Un Président courageux malgré la tristesse d'une rupture conjugale, il fit face au petit matin pour arracher le bonheur de relancer l'Europe. Bref ! Rien ! . Aucune image ne nous aura été épargnée.

L'Europe désembourbée, vous l'avez rêvé. Nicolas Sarkozy l'a fait !

La Présidence de l'union par l'Allemagne n'y est pour rien ! Les résolutions du Parti Socialiste Européen agissant en coulisse, négligeables ! Le sens Européen d'un Prodi, secondaire ! L'approche des élections Polonaises où l'opposition menaçait - et finalement triomphait - des frères Kazcynski au nom de l'Europe, nenni ! La volonté de Gordon Brown se voir ce débat derrière lui. Car ce dernier n'a pas repoussé les élections législatives pour se « taper »  un référendum. Tout cela n'existe pas.

Le traité simplifié c'est tout simplement le traité Sarkozy !!!

De retour à Paris, tout le personnel politique du pouvoir Sarkozien est convoqué au siège de l'UMP. Dimanche soir, un peu interloqués, les hiérarques Sarkoziens se passent de leur plateau repas/Télé pour entendre la doc parole présidentielle. Si Sarkozy n'a pas reçu les partis politiques Français comme il l'avait fait au mois de juin, c'est qu'il a une idée derrière la tête.

Devant l'UMP le Président ne s'attarde pas trop mais présente la feuille de route : « chantez ma gloire, chantez mon succès, chantez mon étoile et vous en aurez les retombées aux municipales ! »

Il ne s'agit pas que la France adoube un nouveau traité. Sarkozy n'a aucune crainte. Non il s'agit que la France adhère à la méthode et à la réussite du traité « S ». A défaut de simplifier le débat, le message est simple ; Il s'agit de mettre l'opposition dans l'embarras ! Avec comme seule échappatoire opter pour le plébiscite parlementaire ou la division partidaire !

Le traité n'est que le prétexte à la contre attaque Présidentielle. Le soufflé passablement essoufflé veut faire de l'Europe minimal une victoire finale.

Franchement voter « oui » ne devrait pas poser trop de problèmes, même pour les europhiles sans enthousiasme. Seule la volonté de transformer à la veille des municipales, le débat en une adhésion ou en division pose problème.

Ceci est tellement clair que le Président de la République prie Monsieur Balladur de différer de quelques jours l'annonce de la réforme constitutionnelle.

Pour que la manouvre, que dis-je, la mise en cause soit efficace, il faut de la visibilité. Alors pas question que la gauche se refasse la cerise sur le débat de savoir ou pas, si le président doit venir devant l'Assemblée Nationale, ou que la majorité se divise sur la proportionnelle. Il manquerait plus que cela ! Déjà qu'ils n'ont pas voté comme un seul homme pour le texte sur la maîtrise de l'immigration.

Non le Président veut du temps pour que l'on chante ses louanges. D'ailleurs ses portes paroles s'y emploient dans tous les médias. On fait monter les « anciens » de la gauche en 1ère ligne : Kouchner et Jouyet osent un papier sur la victoire. de l'audace. Je suppose qu'ils pensaient à la leur !

Le Président souhaite que l'on souligne une opposition divisée, impuissantée, empêtrée entre le « oui » et le « non ». François Fillon s'y emploie d'ailleurs à l'Assemblée en louant la cohérence. du PCF pour le « non ». Et puis après le vote que le « oui »  au traité soit l'élargissement de « sa » majorité.

« Oui » critique ou préserver l'union

Le PS n'est pas tombé dans ce piège ! Mis à part Jean-Luc Mélenchon qui veut rejouer un match où il a tellement rêvé. Le PS a décidé de ne pas faire obstacle au traité, de ne pas dire « non ». C'est déjà énorme, ce devait être l'annonce. Reste la formule à construire entre le « oui » critique au traité simplifié et l'abstention au traité « Sarkozy », s'émancipant de toute consultation populaire, comme l'ont plaidé Pierre Moscovici et Bernard Poignant, avec une nette préférence pour la première formule.

Les socialistes sont Européens. Ils ne veulent pas bloquer ce traité compromis à 27 pour sortir l'Europe d'une crise rampante. En une soirée au Bureau National du PS, le camp du « non » frontal s'est réduit à une personnalité. L'obstacle à la ratification du traité simplifié c'est en fin de compte Sarkozy lui-même qui a décidé de faire de ce qui va de soit, un argument pour soi.
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