Irak ou la crise du monde occidental
Le rapport Hamilton-Baker marque la mort de la théorie de la guerre préventive et le désastre néo-conservateur américain. Symbole, quelques jours plus tard, le décès de Pinochet vient rappeler que c’est au chili que ce courant fit ses premiers pas.
L’armée américaine et les Etats-Unis sont donc « pat ». Ils ne peuvent rester, ils ne peuvent partir. La démocratie parachutée à la suite des bombes s’est mise en torche et a pris feu dans les faubourgs de Bagdad.
Comment les Etats-Unis pourront-ils continuer une guerre, dont il fait consensus, qu’elle ne peut être gagnée ? Comment pourront-ils agir, alors que l’opinion publique américaine va prendre appui sur le fameux rapport pour que « cela cesse » ?
On comprend pourquoi ! La négociation risque de déboucher sur un tutorat iranien dans le sud irakien pétrolier. Et dans le même temps le Hezbollah utilise la conjoncture pour tenter de renverser le gouvernement anti syrien de Fouad Simioroa.
La France est-elle prise au piège dans le sud Liban, entre les survols israéliens et le virage stratégique du Hezbollah ? Ce dernier a tourné le dos à la frontière israélienne pour concentrer toutes ses forces à Beyrouth.
Les Chiites laïques ou religieux triomphent au moment où le prince Abdula réunit les royaumes du Golf, pronostiquant ou menaçant d’une explosion du monde arabe.
La guerre de Georges Bush gagée sur un mensonge a gâché les chances du monde occidental. Il y a fort à parier que le bourbier irakien sera le prélude à l’isolationnisme américain qui va avoir fort à faire avec l’arrière cour américaine.
L’Amérique latine s’émancipe avec la décision de fonder un marché continental à La Paz avec un Parlement latino-américain, à l’image du Parlement européen. Cette nouvelle donne marque la défaite de la conquête américaine et de son axe Mexique-USA-Canada.
Nous, nous pourrions nous réjouir d’avoir eu raison. Nous pourrions fanfaronner sur le désengagement américain. Oui, si l’Europe était unie ou en marche. Alors qu’à ses marges la guerre de succession fait rage à Moscou, l’Europe à pas de tortue est bien fourbue.
Ainsi va le monde… disait l’autre ! Plutôt, ainsi se décompose l’ancien monde.
Le Téléthon de Sarkozy
Chevènement : « Ségo. What else ? »
Les antilibéraux, toujours pas nantis ?
L’équipe dirigeante du PCF pensait refonder le PCF dans l’altermondialisme, rebaptisé antilibéral.
Résultat : le PCF a pris -pour l’instant- ses distances vis-à-vis de la gauche du changement. Les électeurs de gauche chauffés à blanc par la nécessité de battre Sarkozy ne risquent pas de le féliciter. Mais, dans le même temps, le PCF n’a pas réussit à prendre la tête du mouvement anti libéral et les électeurs de cette partie de la gauche risquent de ne pas l’oublier.
Marie Georges Buffet sera candidate - tant mieux -, reste à trouver les raisons de cette candidature.
L’alliance du changement
Il y a eu au cours de ce week-end, une bonne nouvelle. Nous serons au second tour et une moins bonne, nous avons un peu moins de réserves pour celui-ci. Pour battre Sarkozy, il faut, comme le dit Ségolène Royal, une dynamique plutôt qu’une arithmétique électoral. La martingale nous parait imparable jusqu’au soir du premier tour…
Il faut créer l’alliance du changement face à Sarkozy qui veut l’union dans la continuité.
Il n’a pas de programme commun mais un objectif commun : Nous avons tous une raison de dire NON à Sarkozy ! Et ceci recèle un espoir extrêmement mobilisateur : Changer la République ! Pour qu’elle retrouve, à tous les niveaux, de la voix, des principes et de l’efficacité.
Après 12 ans de mensonges, de reniements et de faux semblants. L’espoir est grand de changer pour fonder l’égalité réelle, la liberté ordonnée et la fraternité laïque.
1/ Ségolène Royal au Moyen-Orient
2/ Sarkozy ou la continuité tranquille
Mais ici n’est pas l’essentiel, ce qui compte c’est l’interview multimédia. Elle fixe pour l’instant l’orientation de l’impétrant. Nous avions eu le Bonapartiste autoritaire puis le libéral rupturiste, enfin le Bonapartiste libéral. Tout cela pour déboucher sur la continuité tranquille.
Ça y est, et c’est dit ! Sarkozy assume le bilan de Jacques Chirac. Certes le sacre valait bien une messe. Mais elle risque de lui rester sur l’estomac. Car voilà notre « Monsieur 100 000 volts », « Monsieur 1 millions de pixels » chargé comme un mulet du bilan calamiteux des années Chirac.
Aucune critique ! Aucune distance ! Aucune rupture ! Il est tranquille comme Baptiste. Tellement tranquille que la rupture est devenu un couteau sans lame ; Et la critique chiraquienne une génuflexion admirative pour le résident de l’Elysée.
Et voilà l’équation Sarkozienne posée : La France d’après c’est la France d’avant !
Bref, en attendant un 18 brumaire, ce ne fut qu’un passage de témoin sans témoin, avec pour tout drapeau : J’assume !
Puisque l’on évoque pour Ségolène Royal la « deuxième vie » de François Mitterrand. Lui sera le prolongement de Chirac. Et dès le lendemain il déploie avec talent et méthode la martingale chiraquienne qui a tant réussi : « A chaque jour sa posture ».
Il plaide pendant trois heures devant cinq millions de téléspectateurs pour sa « continuité tranquille ». Tout ce qu’on a fait est formidable. La preuve « je vais tout changer ». Et dans ce registre, il a réponse tout de même aux critiques sur Ségolène Royal « qui vaut bien mieux que d’être réduite à sa qualité de femme ». Tout comme Chirac, on vous le dit, il va pratiquer le baise-main. Mieux le Ministre/Président/candidat se lancera le 14 janvier à la Porte de Versailles, tout comme Jacques Chirac il y a 30 ans pour fonder le RPR, la continuité quoi…
Ce faisant Sarkozy est maintenant dans notre ligne de mire. Son projet, c’est le troisième mandat de Jacques Chirac. Il veut continuer une politique qui a échoué. Cette histoire de bilan va être pour lui ce que le sparadrap fut au Capitaine Haddock. Son projet est évidemment une rupture libérale. Mais il a décidé de le reléguer… pour mieux le faire passer ? En tous cas le candidat de la droite va jouer l’essuie glace entre bilan et rupture. Pas sur que ceci permette de mobiliser un peuple. Le débat sera donc entre le vrai changement et la vraie fausse continuité.
3/ Bayrou ou le sermon sur la montagne
Laissons la forme. Je croyais Marianne universelle. Passons au fond. Là aussi on a de quoi être déçu. Bayrou s’annonçait loup… poursuivant la brebis galeuse du système. Le voici berger rassemblant les moutons. Le discours n’est pas l’apocalypse d’un système à bout de souffle. Mais le doucereux flûtiau de celui qui veut faire travailler ensemble la gauche et la droite. Mais oui ! C’est bien sûr ! Le fameux « deux Français sur trois » de Valéry Giscard d’Estaing. Ceci ne nous rajeunit pas. Nous attendons avec délice un Bayrou style « le Jean-François Kahn de l’extrême centre » et accueillons avec scepticisme une démocratie chrétienne « pasteurisée ».
Voilà qui laisse à la gauche en général et au PS en particulier l’espace de l’alternative. On aurait tort de ne pas en profiter.
4/ La fraîche défaite
Les propos qu’il a tenus lors d’un conseil d’agglomération à Montpellier, sur l’équipe de football ont de quoi faire sursauter. « Dans l’équipe il y a neuf blacks sur onze, la normalité serait qu’il y en ai trois ou quatre. Ce serait le reflet de la société ».
Dans un cas contesté ou dans l’autre avéré, Georges Frêche fonde donc son analyse de l’équipe de France à partir de la race, tout du moins, de la couleur de la peau. Lorsque Le Pen déclarait qu’il y avait trop de juifs dans la presse Parisienne, il tenait des propos antisémites et Georges Frêche demandait à Monsieur le Président Blanc qui gouvernait avec le Front National de le condamner ou de s’en aller.
Mais ceci est tellement évident que je n’ai aucun doute sur l’issue de la commission des conflits. Outre le fait que George Frêche est suffisamment instruit des propos de Le Pen en déclarant mot à mot la même chose. Il faudrait un sens aigu de la rhétorique pour démontrer que distinguer les blancs des noirs dans une équipe ne relève pas d’une analyse raciale. Quand même ! Le fait que Georges Frêche ne l’ai pas perçu en dit long sur notre défaite en ce domaine. A vouloir troquer des principes contre un prétendu bon sens populaire on finit par passer la frontière.
A moins que les propos n’aient pas été tenus, c’est possible mais alors il ne fallait pas convoquer une conférence de presse le lendemain pour les expliciter. Cette histoire est illustrative de notre désarroi face au choc des identifications. Le principe d’égalité ne fonctionne plus, percuté qu’il est par le différencialisme et l’illusion de sa capacité intégratrice si ce n’est assimilatrice.
Nous sommes confrontés à une crise générale de la représentation où l’inégalité de traitement est légitimée par l’égalité formelle.
Si la gauche n’ouvre pas le chantier de l’égalité réelle civique qui ne serait se substituer à celle de l’égalité réelle sociale, mais participe du même mouvement de l’égalité réelle comme DSK l’a proposé. Alors le risque est grand d’une radicalisation. Dieudonné bouffon triste de l’antisémitisme a été jusqu’au bout. Du droit à la différence contre Le Pen, à la reconnaissance du droit de Le Pen à affirmer la sienne. Prenons acte de ce que la dernière sortie de Georges Frêche est une défaite. Il y a urgence à la clarté dans nos rangs et à prendre la tête du nouveau mouvement pour le renouveau des droits civiques.
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