
Je vous invite à consulter l'article du Monde que j'ai co-signé. Cette tribune vient en réaction aux propos de la droite tenus depuis plusieurs semaines sur la questions des quartiers, de l'immigration, de la discrimination et de la colonisation.
Inutile de revenir sur les déclarations de Nicolas Sarkozy qui ont mis le feu aux poudres. Le ministre de l'intérieur emprunte le vocabulaire des voyous entre "racaille" et "Kärcher". Derrière ces provocations, c'est une série d'événements tragiques et violents qui ont fini par enflammer l'opinion et qui ont créé un certain nombre de ruptures qui pourraient infléchir le cours de la vie politique française et changer durablement la société. Ensemble, nous voulons proposer de nouvelles pistes pour réagir à la crise.
L'appel du collectif Devoirs de mémoires soutenu par de nombreuses personnalités (Lilian Thuram, Jamel Debbouze, Joey Starr, etc.) répond : "Nous exigeons que Liberté, Egalité, Fraternité s'inscrivent réellement dans notre quotidien. Parce que la société française est composée de nous tous, faisons-nous entendre. (...) La démocratie n'attend que nous, quels que soient notre couleur, nos origines, (...) notre lieu d'habitation. (...) Oui au dialogue, oui à l'écoute et au rapprochement. (...) S'inscrire, c'est nécessaire, surtout maintenant. Nous ne voulons pas revivre le 21 avril 2002." Dans cet appel se dessine nettement la volonté d'entrer dans le champ démocratique pour désigner les élus de la République, pour que la République ne reste pas sourde à leur existence, pour qu'elle assure réellement qu'en France il n'y a qu'une seule catégorie de citoyens. De toutes leurs forces, les quartiers veulent être dedans, pas dehors, inclus, pas exclus.
Dans ce mouvement, pas de rejet du politique, un manque de confiance, sans aucun doute. Mais un seul rêve, qu'un jour quelqu'un entende leur appel et sorte les quartiers de l'ornière. Attente de réponses politiques, attente de volonté politique. C'est pour cela que le mouvement pour l'inscription sur les listes électorales a rapidement pris de l'ampleur, parce que voter c'est prendre en main son destin, c'est peser. La question est posée aux politiques. Une grande partie de la droite dérive lentement sur les thèses néoconservatrices. Il y a donc pour la gauche plus qu'une nécessité ; à l'instar des citoyens qui vont s'inscrire, elle a un devoir de réagir.
Réagir sur la question des quartiers, parce que, désespérément, ces territoires veulent vivre. Nous réclamons donc une grande loi de programmation pour les quartiers. Il faut recruter des éducateurs, des travailleurs sociaux, transformer les ZEP en pôles d'excellence éducatifs, favoriser l'accès aux grandes écoles, maintenir l'obligation de scolarité jusqu'à 16 ans, supprimer les charges patronales pour l'embauche d'un jeune issu d'un quartier prioritaire, mettre en place un système de primes pour les agents des services publics en zones sensibles, renforcer les sanctions contre les villes "hors la loi SRU" (solidarité et renouvellement urbains), imposer l'anonymat des demandeurs de logement, construire 120 000 logements sociaux par an...
Réagir sur la question de l'immigration. Selon, Jacques Chirac un "étranger qui a fait le choix de vivre en France et de s'investir dans notre communauté nationale peut être naturalisé et voter" (Le Monde du 14 décembre), mais le gouvernement durcit la loi. Il faut revenir dessus, favoriser les conditions d'acquisition de la nationalité et revenir sur les dispositions restreignant les mariages mixtes et le droit d'asile. Il faut enfin en finir avec le principe du pays d'origine en matière d'Etat civil, de régime matrimonial, de filiation et de succession, qui entraîne des chantages aux papiers à l'encontre des femmes immigrées.
Réagir sur les discriminations. Jacques Chirac a déclaré que "la représentation nationale doit mieux refléter la diversité de la France". La solution est pourtant simple, le mandat unique, limité dans le temps, pour faire de la place à tous, quels que soient ses origines, son sexe ou son âge. Parce qu'il n'y a pas de citoyens de seconde zone, il faut instaurer le droit de vote aux élections locales des résidents étrangers. Les Français en sont maintenant convaincus. Il faut le faire ! Enfin, nous le réaffirmons, nous refusons toute conception ethnique pour aborder la problématique des discriminations. Nous devons combattre avec la même force le délit de faciès, le délit de patronyme, le délit de pauvreté et le délit d'adresse.
INTÉGRATION CONTESTÉE
Réagir sur notre histoire et la colonisation. En premier lieu, il faut évidemment abroger l'article 4 de la loi du 23 février 2005 (reconnaissant "en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord"). Cet article qui a déclenché les foudres et l'indignation, provoquant même, fait rarissime, une pétition unitaire de l'ensemble de la gauche pour réclamer son abrogation. Il faut reconnaître la torture en Afrique du Nord, les massacres du 17 octobre 1961... Comme l'Assemblée nationale a reconnu en 2001 l'esclavage "crime contre l'humanité". Mais surtout, il faut désormais un lieu de culture et de mémoire pour évoquer ces heures noires de notre histoire, en reconnaître aussi les bienfaits, pour la regarder en face et tourner la page de l'affrontement, des déchirements.
Le président a récusé les mots de Nicolas Sarkozy "racaille" et "Kärcher". Il a indiqué souhaiter renforcer les moyens dans les ZEP, ouvrir plus les grandes écoles, approuver le "testing" et le CV anonyme, refuser la suppression des allocations aux parents, le respect de la loi SRU. Fort bien, mais s'agit-il d'une simple avalanche de mots ? Ou cela sera-t-il suivi d'actes, de signes, d'engagements ? Le président a déclaré sur LCI que "ce n'est pas à la loi d'écrire l'histoire". Très bien ! Mais pourquoi alors maintenir l'article 4 ?
Nous percevons autour de toutes ces attaques une mise en question rampante de l'idéal républicain, une France à plusieurs vitesses, une représentation en crise, une intégration contestée, une inégalité permanente, une fraternité que l'on veut seulement communautaire.
Monsieur le Président, le 31 décembre vous avez la possibilité de dire Stop ! Par un premier geste spectaculaire : l'abrogation de l'article 4 !
Farida Boudaoud, conseillère régionale (PS) de Rhône-Alpes.
Jean-Christophe Cambadélis, député (PS) du 19e arrondissement de Paris.
Yamina Hamidi et Christophe Lacorte, Le Parlement des banlieues.
Ghita El Khyari et Julien Métifeux, RéSo.
Benoît Marquaille, premier secrétaire fédéral adjoint du PS, Hauts-de-Seine.
François Pupponi, maire (PS) de Sarcelles.
Philippe Sarre, conseiller général (PS) des Hauts-de-Seine.






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