François Hollande inspiréC’est un copain qui ne l’aime pas, qui ne pratique pas notre sensibilité, qui l’a remarqué… « Décidément François Hollande te pompe », coup sur coup « le PS ne s’oppose pas au traité simplifié », « tout n’est pas à jeter dans la commission Balladur », « l’arche de Zoé pose la responsabilité du gouvernement »… Par trois fois le premier secrétaire s’est inspiré de nos communiqués. Je ne m’en étais pas formalisé car on ne peut pas tout à la fois réclamer du collectif et froncer les sourcils quand le premier secrétaire « chipe » les ballons pour marquer des buts. Non, ce qui est dommageable c’est l’absence de mise en scène de nos présidents des forums pour la rénovation : l’excellent Jean-Jacques Urvoas, Anne Hidalgo et André Vallini font un travail qui mériterait plus de lumière. Car le problème du PS n’est pas d’être dans la lumière médiatique mais de créer la sienne. Nous serions bien inspiré et le premier secrétaire en premier lieu de montrer que le PS « bosse » sérieusement à sa réorientation idéologico-politique. Mais de cela on s’en fout ! Dommage c’est pourtant ici que se joue l’avenir du Parti socialiste.
Augmentez nos salaires de misère !
Tous ceux qui dans les années 70 participaient aux manifestations s’en souviennent, le slogan de la CGT, et souvent de leurs permanents ! C’était « Augmentez nos salaires de misère ». Voilà pourquoi la note de l’Elysée tout à coup présentée à l’opinion, réclamant une augmentation de 140% du salaire du chef de l’Etat a pu en faire sourire certains.
Voilà une vraie faute politique – l’augmentation ne pose pas de problème en soi – Mais cette annonce dans de telles proportions, au moment où les Français galèrent car le pouvoir d’achat stagne. Ce n’est pour le moins pas très heureux.
Si on joint ceci au coup de sang de Nicolas Sarkozy devant CBS, au prétexte que sa journaliste posait des questions sur les déboires du couple Sarkozy, on se dit que tout à coup le Président perd la main. Un coup de « moins bon » disait-on la semaine dernière, cela se confirme !
Balladur au rapport
Mi juillet, à Epinal, le Président de la République avait fait de la réforme des institutions la pierre angulaire de son offensive politique… La composition de la commission où l’épisode Jack Lang bouscula le PS en était l’un des vecteurs. Mais le résultat n’est pas tout à fait à la hauteur des espérances présidentielles.
Certes il ne s’agit pas de la VIème république. On a concédé le droit de visite à l’Assemblée Nationale du Président de la République. Le Sénat n’est pas touché par la réforme. Le cumul des mandats a peine effleuré… et la proportionnelle anecdotique.
Certes il y a des propositions baroques comme la 15ème proposition « substituer au système actuel du parrainage, une présélection des candidats par un collège de 100 000 élus » ou le premier tour des législatives, le 2ème tour de la présidentielle.
Mais il n’en reste pas moins que les pouvoirs du président sont encadrés et ceux du Parlement renforcés, que ce soit la question de l’ordre du jour où la réduction du 49.3 au seul débat budgétaire.
En fin de compte c’est un retour à 1958 contre 1962. 1962 c'est l'élection du Président de la République au suffrage universel, qui est dans la droite ligne du discours de Bayeux de Charles de gaulle au sortir de la guerre ; 1962 c'est tout à la fois continuité et rupture vis-à-vis de la modification constitutionnelle de 1958.
Continuité politique mais coup d’état institutionnel ! Disait François Mitterrand.
Ce que propose le comité Balladur c'est une sorte de timide rupture avec la lecture gaullienne de la Vème.
Monsieur Balladur en bon Pompidolien ne partage pas la vision d’un exécutif incarnant à ce point l’intérêt général contre le régime des partis qu’il puisse s’y substituer comme le préconisait le général.
Et ici « l’astuce » Sarkozienne s’est retournée en son contraire. Il ne fait pas de doute que les « Duhamel/Carcassonne/Schramek » » ont eu raison du gardien du temple Mazeau.
Au final le débat fait grincer les dents à droite. Ayant débattu avec le très gaulliste et ancien Président de l’Assemblée Patrick Ollier hier, je peux me rendre compte combien l’UMP est hostile à un projet qui lui semble contraire à la doctrine gaullienne.
Comme le dit à juste raison Pierre Moscovici, il y a dans le rapport Balladur « qui comporte beaucoup d’imperfections, bien des propositions inspirées par la gauche, qui gênent l’UMP ». Voilà pourquoi tout en gardant notre autonomie de sujet – rapport Vallini – la gauche peut donc à la fois – et pour la première fois – souligner la division à droite – voire même la division entre le Président et sa majorité – et soutenir ce pas, encore timide certes mais bien réel, de rupture avec la logique de la Vème République enfermant dans une cage de fer le parlementarisme.




Présentée par
Jean-Jacques Cros sur France 3 le Samedi 27 octobre 2007
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