Villepin – Sarkozy, duel pour une sortie
La France est à la peine et pas seulement dans les stades. Le discret camouflet enregistré lors du Sommet Européen est à l’aune de l’affaissement du 1er ministre dans les sondages. Le « couple » de l’exécutif enregistre les scores les plus bas sous la Vème République. Pourtant, malgré les chaudes recommandations de cessez-le-feu de « l’ex » Valéry Giscard d’Estaing, la confrontation entre Nicolas Sarkozy et Villepin prend un tour féroce.
Le 1er ministre utilise sa capacité de nuisances. Alors que tant d’autres attendraient calmement la présidentielle. Monsieur Villepin fait de la résistance : fusion Gaz de France-Suez, lettre de cadrage budgétaire de combat etc.
Le but est simple : contraindre Nicolas Sarkozy à partir du gouvernement. Le Ministre de l’Intérieur lui ne veut quitter son ministère, de peur que l’on prenne cela pour un abandon de poste. Il souhaite aussi se protéger. Ce qui, soit dit en passant, illustre la dégradation des relations entre les deux compères. Surtout il veut faire place nette pour assurer une candidature unique de l’UMP.
Dans le même temps, Nicolas Sarkozy a mis la main sur le groupe UMP. Il utilise la peur de perdre des parlementaires contre Villepin. Le harcèlement des Sarkozystes est à son comble. Villepin affaiblit dans les sondages, est isolé dans le Parlement. Nicolas Sarkozy cache à peine son objectif -sous un mielleux « sauvons le soldat Villepin »- contraindre Chirac à se séparer de son 1er ministre.
Le 1er ministre lui ne conçoit son avenir, son possible rebond que dans la sortie de Nicolas Sarkozy. Cette valse délétère pour la majorité est mortifère pour la France. La mêlée est à son comble dans le poste de pilotage. Et la France n’est plus gouvernée, plus respectée, plus incarnée.
Un nouveau souci Sarkozien
Nicolas Sarkozy doit dans le même temps se sortir d’une délicate posture. En effet, le « père Fouettard » de la politique Française, sans peur mais rarement sans reproche, est confronté à la solidarité active des Français là où il ne l’attendait pas : les jeunes scolarisés d’une famille « sans papier ». Le Ministre de l’Intérieur ne souhaite pas provoquer un mouvement de type CPE sur ce problème extrêmement sensible. Dans le même temps il est pris au piège de sa course à l’électorat Frontiste. Il avait déjà jeté l’éponge plus tôt, que tout autre, au moment du CPE, voilà qui n’était pas tout à fait martial. Alors régulariser plusieurs centaines de « sans papier », cela pourrait agacer dans cette frange de l’électorat. Le Ministre de l’Intérieur, courageux mais pas téméraire, bombe le torse en public mais fait patte de velours au travers d’une circulaire aux Préfets. A eux de décider. Lui attend l’été. Là la mobilisation sera moins forte ou l’attention moins grande et l’on pourra régler le problème comme on pousse la poussière sous le tapis. Voilà qui ne grandit ni la France, ni le Ministre de l’Intérieur.
La gauche n’a pas gagné
Les sondages se multiplient à l’envie, nous racontant toujours et encore l’embellie de Ségolène Royal mais aussi que les Français n’ont pas envie. Si le potentiel présidentiel de DSK connaît la plus grande progression parmi les sympathisants socialistes, + 5 points. La gauche, y compris avec Ségolène Royal est au plus bas. 35% au 1er tour pour la gauche plurielle, 44% avec l’extrême gauche.
Il n’est pas anormal, dans ces conditions, que pour la 3ème fois consécutive, Ségolène Royal soit battue par Nicolas Sarkozy. Mais ce n’est pas ceci le plus inquiétant pour notre championne des sondages. Ses 49% sont particulièrement fragiles. Elle réalise un score très élevé chez les moins de 35 ans (54%), qui sont ceux qui votent le moins, et est largement battue (40%) chez les plus de 35 ans qui sont ceux qui votent le plus.
Par ailleurs, elle bénéficie de reports dont on voit bien le caractère conjoncturel puisque par exemple, près d’un tiers des électeurs de Le Pen déclare voter pour Ségolène Royal au second tour.
Ajoutons enfin pour ceux qui se lèvent pour Ségolène Royal au prétexte que ses déclarations, disons musclées, en matière de sécurité, nous réconcilieraient avec le vote ouvrier. Elle obtient, après celles-ci, 19% chez les ouvriers contre 38% pour Nicolas Sarkozy.
Si nous évoquons ces résultats, ce n’est pas pour accabler l’une des nôtres. Mais pour faire toucher du doigt ce que nous disons depuis des mois : Rien n’est plié !
La question d’une stratégie de mobilisation à gauche, malgré les efforts du PS, n’est pas encore dégagée ; Même une belle popularité ne saurait nous le faire oublier.
Faire partager notre projet
Le 1er acte d’une stratégie de mobilisation c’est le projet. Pourquoi les Français sont-ils maussades vis-à-vis de la gauche et du PS. Simplement parce qu’ils ne perçoivent pas l’alternative. Ils pensent, dans leur grande majorité, que nous ne ferons ni mieux, ni autre chose.
Il est donc nécessaire de dire en quoi ce projet n’est ni ce que fait la droite, ni ce qui fit la gauche.
Tout d’abord en crédibilisant son axe : un nouveau modèle de développement, une croissance juste, une société républicaine, une nouvelle protection sociale. Bref, il y a dans ce projet un « nouveau choix de vie », une « nouvelle génération d’idées ».
Ensuite en précisant que celui-ci a pour but de créer des richesses et de les répartir justement. Pour ce faire cette alternative au film « rupture » de Sarkozy, doit être crédible donc chiffré, comme l’avait demandé Dominique Strauss-Kahn.
Le montant de 50 milliards d’euros en fin de programme, et donc de 30 en moyenne annuelle, n’est pas excessif quand on prend en comte l’ampleur et le nombre de mesures proposées. Donc pour parler comme les économistes, « les 1. 5 points de PIB » en moyenne chaque année sont réalisables. Par l’annulation des baisses d’impôts réalisées par Chirac, la marge de manœuvre apportée par la croissance et les économies sociales dues à la baisse du chômage. Un projet annoncé sur dix ans et réalisable sur 5 ans, tout en améliorant les finances publiques. Tel est l’enjeu du défi socialiste proposé à la gauche puis à la France.
Il reste à en débattre certes avec les citoyens mais surtout avec la gauche. Et celle-ci n’est pas au mieux de sa forme, émiettée, empêtrée voir sans voix. Nous nous devons de lancer un appel au sursaut. Le problème n’est pas dans la multiplication des candidatures mais dans leur absence de définition.
Dire comme José Bové qu’il y a un espace à la gauche du PS n’est pas un dessein. C’est un constat électoral. Evoquer comme Marie Georges Buffet que sa candidature serait le pont entre le PS et l’alternative n’est pas un projet pour la France mais un schéma tactique au demeurant hasardeux. Et qu’est-ce qui distingue Dominique Voynet de José Bové, Olivier Besancenot et Arlette Laguiller. Bref, il est temps que l’on abandonne les spéculations de tactique électorale pour revenir à l’objectif de changer la France. Le PS a l’immense avantage d’avoir un afflux considérable d’adhésions et un moyen de sélection de son candidat, mais aussi un programme crédible qui l’identifie. A la gauche de la gauche l’émiettement règne et les configurations s’estompent et ce n’est pas le dernier congrès de Attac qui va inverser la tendance.
Dans un 1er temps, c’est cet émiettement sans base programmatique qui bloque la dynamique. Le PS est en train de faire sa part de travail mais s’il n’y a pas de dynamique de gauche, il ne pourra mobiliser ce pays qui a dit « non » au projet Sarkozy-Villepin : le CPE.
S’il n’y a pas de dynamique, la question sociale restera au deuxième plan. C’est Sarkozy qui fixera le terrain sécuritaire du débat présidentiel. La démonstration a déjà été faite, le PS cherchera à lui dérober le feu… la suite on la connaît.
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