Vendredi 28 avril 2006
publié dans : Médias
Bonjour,

Retrouvez une interview que j'ai accordé au Figaro aujourd'hui ici.
Propos recueillis par Nicolas Barotte.
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Lundi 24 avril 2006
publié dans : Bloc-Notes

Lettre ouverte à François Mitterrand

Monsieur le président,

Je vous écris une lettre que vous ne lirez jamais et pourtant. Si je prends  la plume en pensant à vous, si je trace quelques mots pour vous, ce n'est  pas pour célébrer votre règne, je suis tenant du « droit d'inventaire ». Ce  n'est pas par goût du spiritisme que, parait-il, vous avez. Ce n'est pas non  plus pour un dialogue d'outre tombe, le flambeau à la main, comme Chateaubriand que vous aimez bien. Encore que c'est bien de lumière dont nous avons besoin. Cette lumière qui sied au politique tellement nécessaire dans les ténèbres de l'impressionnisme dominant.

Monsieur le Président, ils sont tous devenus « raides dingues » !

Dans un pays qui a porté au deuxième tour de la présidentielle un candidat national populiste aux références racistes et aux thèses d'extrême droite. Dans un pays qui a administré deux ans plus tard une magistrale fessée au gouvernement en les virant de tous les conseils régionaux. Dans un pays qui a dit « non » au traité constitutionnel européen provoquant une gigantesque panne Européenne. Dans un pays où un Français sur trois estime l'extrême droite globalement positive. On nous dit à nouveau, sondages à l'appui, que tout est joué, que la gauche a déjà battue la droite.

En 2001, les mêmes, avec les mêmes arguments, sur les mêmes médias, sur la foi des mêmes sondages, nous disaient : « Lionel Jospin est élu, Jacques Chirac est battu, dans la gauche c'est plié ». Les certitudes étaient telles qu'on oublia même le nom de Jospin sur les affiches. On délaissa les autres, on méprisa le programme. On sollicita à peine les Français. à quoi bon ?

A nouveau, une gigantesque campagne nous fait croire qu'il suffit de paraître pour l'emporter. La question démocratique Française serait la consécration du féminisme par une désignation. A nouveau on dit : « il faut simplement faire autrement ». Il est même des philosophes à ce point aveuglés pour dire « être une femme est devenue plus positif en politique puisqu'on a tout essayé, que les hommes ont échoués ».

La politique des sexes à la place de la politique ! Mais qui peut croire que lors du moment décisif, la France tranchera avec ce seul critère là ?

Une femme ne peut pas être disqualifiée parce qu'elle est une femme, c'est une honte ! Mais une femme ne peut pas être qualifiée parce qu'elle est une femme, c'est un conte !

Personne ne veut voir que la gauche est toujours divisée, que le Parti Socialiste n'est toujours pas crédibilisé d'une capacité à faire autre chose, que le leadership n'est toujours pas tranché.

Personne ne veut croire que le pays qui vient de s'unir pour défaire le CPE se tourne vers la gauche et ne voit encore rien de solide, rien de tangible. Personne ne veut prendre la mesure des 36% des Français estimant que l'extrême droite est utile à ce pays.

36% de possibles, cela fait combien de probables ? Allez ! On va nous rassurer à bon compte ! Comme si 5 ans de Chirac n'avaient pas aggravées la situation. Comme si l'exaspération n'était pas à son terme. Comme si Sarkozy n'avait pas déjà préempté ce rapport là. Comme si les frères Ripolin du néo conservatisme, Le Pen, Villiers, Sarkozy n'étaient pas à l'oeuvre.

Et nos sondeurs, ces veilleurs de nuit des temps modernes parcourent nos journaux avec un « dormez bien braves gens » qui fait froid dans le dos !

L'aveuglement est à son comble, la politique est réduite à des pronostiques puisés dans les sondages. Chaque jour, nos nouvelles pythies de Delphes, délivrent leurs oracles. Ils ont inventé ce dont le courant futurisme rêvait au début du 20ème siècle : « la persistance de l'instant ». Le « on peut gagner » se mute à coups de unes par un souriant « on va gagner » qui devient un démotivant « on a gagné ».

Mais victoire quel est ton nom ? Que propose t-on à la France ? Quelle est l'équation audacieuse et réaliste qui prenne en compte l'exigence Française d'une voix précisément Française dans la mondialisation ?

Avez-vous traversé la vallée de la Somme avec ses taux de chômage record ? Avez-vous remarqué au pied des terrils du Nord et du Pas-de-Calais ces Français vivant au Smic ? Avez-vous remarqué que nos banlieues sont descendues dans la rue plus de vingt jours, provoquant l'état d'urgence ? Avez-vous remarqué qu'il est impossible pour des jeunes de se loger dans nos métropoles ? Avez-vous constaté que la colère est là ? Avez-vous vu les viticulteurs en rogne ? Le chômage qui galope, les inégalités qui explosent, l'école à la peine et la justice hors d'elle même. Les milieux populaires, que dis-je les mille lieux populaires ne vivent-ils pas un sentiment d'appauvrissement ? Pour eux l'ascenseur social n'est pas en panne ? Il marche bel et bien, il descend. A force de ne plus comprendre un système qui vous met en danger, on désire. le bouder, le rejeter, le supprimer. Le bilan de Jacques Chirac est-il si positif qu'il ai redonné confiance et vigueur à la France ? Est-on sûr que la France ne rejette pas tout le système, faute de voir en la gauche une opposition de projet, un espoir de renouveau ? Est-il juste de dire, dans nos meetings, que la France vit une crise de régime, pour conclure benoîtement qu'il suffit de la tirer vers le haut ? Est-il praticable de répondre à un peuple, qui refuse la relégation : «  Le débat est simple : la fin des protections ou le déclin » ?

Monsieur le Président,

vous étiez animé par cet état d'esprit qui nie, cher au Général de Gaulle que vous n'aimiez pas. Vous saviez que la France n'a pas besoin de paroles dépolitisées mais de solutions étayées.

Le pays, les Français, veulent un autre chemin que celui que pratique chaotiquement l'UMP de Chirac/Sarkozy. Mais les Français veulent aussi autre chose que ce que fit en son temps la gauche.

Le France voit s'achever le cycle douloureux de Jacques Chirac. La droite incertaine laisse la place à une certaine droite. Si de Villepin s'est autodétruit dans la course à la rupture via le CPE, alors Sarkozy est aujourd'hui seul en UMP. Le porte parole du courant rupturisme sera le chef de file du renoncement.

Le renoncement, comme aime à le dire mon ami Dominique Strauss-Kahn, est à la base de la crise de ce pays. Il est la marque de fabrique de cette droite. Elle renonce à la France pour mieux glorifier le marché. Elle refuse à imaginer un chemin à notre modèle pour mieux le liquider. Elle n'a comme horizon que l'entreprise, alors que les Français veulent un pays. Elle glorifie l'individualisme consommateur alors que la France cherche un destin collectif. Elle veut destituer l'individu de son statut de sujet pour mieux le dissoudre dans un marché sans objet. Certes, les Français ont touché du doigt, par le CPE, ce qu'était la rupture annoncée. La droite est prévenue, cela ne passe pas car la rue est là. Alors il faut l'imposer par les urnes. C'est le sens de la candidature de Nicolas Sarkozy, imposer la rupture avec notre modèle par les urnes. Il y a vraisemblablement quelques forces sociales intéressées à cela. Cela mérite bien un conte pour la gauche, celui de « Blanche neige et les 7 nains ». Mais lorsque nous nous réveillerons, il sera trop tard.

Monsieur le Président,

vous qui scrutiez chaque élection cantonale pour mesurer un rapport de force réel. Comment ne pas voir au lendemain d'une magnifique victoire, la gauche en général et le PS en particulier devraient caracoler en tête ? Et pourtant la gauche dans son ensemble n'est pas encore là. Divisée, atomisée, enfermée dans ses débats dépassés. Comment peut-on rejouer « ad nauséum » le scénario déphasé du « oui » et du « non », alors que le combat contre le CPE a réuni sans exclusive toute la gauche et au-delà dressant la ligne de partage des futurs enjeux électoraux ?

La gauche aurait son point d'équilibre entre l'immobilisme et la fuite en avant médiatico-sondagière.

Comme le dit justement Lionel Jospin qui a eu à en souffrir, elle doit s'unir pour gagner, mais comme lui réponds Marie Georges Buffet, sur un projet nouveau.

Les deux sont liés, l'union pour un programme durable. L'union autour de propositions audacieuses et réalistes. Une union qui n'ait pas comme but la préservation des appareils mais le souffle du changement. Il faut dépasser cette logique qui fait, à gauche, de son voisin de pallier l'adversaire principal. On peut diverger sur le chemin mais doit-on s'opposer sur l'essentiel ? Il faut défaire par les urnes, le cours néfaste que Sarkozy veut faire prendre à la France. Pour cela il faut une nouvelle génération d'idées, une nouvelle pratique politique. Le PS a débuté ce mouvement, en imposant la parité, en travaillant à la diversité. Mais il faut faire mieux.

On ne peut pas aller à la bataille face à un adversaire au dessein aussi redoutable sans se fixer l'horizon des temps nouveaux. Si le pays est rétif à la théologie de la rupture, il l'est tout autant au statu quo de l'immobilisme et du renoncement.

Le sens de l'union c'est le renouveau.

Il faut inventer, imaginer, repenser, refonder. Il faut créer le mouvement du renouveau. Il faut pour cela une vision solide, une démarche claire, un programme crédible.

Au lieu de cela, on nous parle, reparle, et reparle, à l'infini, encore et encore, de la certitude de la victoire sondagière de l'un d'entre nous. On sait que ce résultat est précisément obtenu grâce aux « suffrages » de ceux qui s'abstiennent le plus. On sait que de Villepin ne sera pas candidat mais on le met dans le jus pour obtenir le résultat. On sait que le Front National est annoncé trop bas mais voilà il s'agit d'aseptiser la présidentielle, de produire une facilité. Il s'agit de nous endormir. Il s'agit d'un substitut à travailler à une alternative et ce n'est pas innocent.

Tous les ingrédients pour un nouveau 2002 sont sur la table. Un désir dont l'objet même se dérobe pour être désiré - une illusion collective qui s'auto alimente - une certitude sondagière maintes fois démentie mais toujours confirmée - Une gauche divisée qui n'existe que dans le rejet. Un programme parfait mais dont les Français ne perçoivent pas les effets.

Et pourtant près de nous, à nos portes, nous avons vu que le rejet ne suffisait pas. Berlusconi détesté par tous, rejeté par la majorité, brocardé par les médias. Berlusconi, le médiatico libéral et son empire de paillettes. Berlusconi, et ses alliances délétères, n'a été battu par la gauche que de quelques voix.

Déjà, Nicolas Sarkozy l'a salué, déclarant qu'il « s'était battu comme un lion » et nous a assuré qu'il en « tirerait des enseignements ». La bataille s'annonce rude dans une conjoncture drue.

Peut-on faire comme si la question essentielle n'était pas économique et sociale ? Comme si la France n'avait pas à répondre à la crise européenne ? Comme si le monde n'était pas en proie à bien des tourments ? Comme si l'Iran ne voulait pas disposer de l'arme nucléaire ? Comme si Chirac, une fois de
plus, n'était pas pour le boycott du Hamas à Bruxelles et contre au Caire ? Comme si l'Algérie n'était pas en proie à de nouveaux tourments ? Comme si la Russie de Poutine n'était pas en passe de provoquer une crise énergétique ? Comme si le prix du pétrole ne s'envolait pas ? Comme si l'Europe, en proie aux patriotismes de toutes sortes, n'allait pas dans le mur en klaxonnant ? Bref, comme si nous vivions dans le monde rêvé d'Amélie Poulain ?

Et tout cela disparaîtrait du débat lors de la présidentielle ? Peux-on aller à la bataille avec un simple « dites moi ce que vous voulez, je verrais ce que je peux faire ! » Si la gauche n'est pas suffisamment solide, si elle n'est pas armée d'un projet, si elle n'est pas unie, elle sera
balayée comme en 2002.

Le battage autour d'une victoire annoncée est un évitement, une facilité mais aussi une formidable illusion qui prépare bien des désillusions. On propose à la gauche de monter au front la fleur au fusil avec la ligne Maginot des sondages comme seule défense.

Monsieur le Président,

Vous nous disiez souvent dans un demi sourire : « il ne faut pas renoncer. Il faut avancer, avancer encore, avancer toujours ».

Alors dans toute la France, nous avancerons. On nous dit « c'est inutile », « c'est plié ». On pourrait répondre tel Cyrano : « c'est bien plus beau lorsque c'est inutile ». Mais nous avons l'impression de faire ouvre utile. Nous voulons conduire le renouveau de la gauche, de la France et de l'Europe. Mais nous voulons surtout dire à la gauche : Rien n'est fait, rien n'est plié, rien n'est acquis. La gauche, si elle veut présider aux destinées du pays doit prendre son destin entre ses mains. Il n'y aura ni raccourcis, ni faux fuyant, ni faux semblant.

Il faut relever le défi, vous le fîtes par deux fois ! Vous n'êtes plus là pour leur dire, eh bien nous le dirons !

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Jeudi 20 avril 2006
publié dans : Bloc-Notes
Le syndrome de la gargouille
La gargouille est l’image du grotesque terrifiant mais elle n’est rien d’autre qu’une gargouille. Tirant les enseignements du style néo gothique flamboyant que préfère de Villepin, celui-ci pense avoir trouvé un moyen pour s’en sortir : tenir la posture tout en vidant la gargouille.
Le Premier ministre veut jouer le « vrai/faux dur », il tente d’obtenir –utilisant la crise – l’accord de sa majorité et du patronat pour vider le texte de son contenu, tout en maintenant l’apparence du CPE.
Pour ce faire M. de Villepin prend sa majorité, le Président de la République et la France en otage. Son obstination n’a rien à voir avec l’intérêt des Français mais tout à voir avec l’intérêt de sauver sa posture.
Prenant des risques inconsidérés au regard du texte lui-même. Le 1er ministre applique le « mouvement tournant » cher à son Napoléon. Ne pouvant envahir l’Angleterre, il fit faire demi-tour à son armée pour l’emporter à Ulm et Austerlitz. Ne pouvant l’emporter face au CPE, Villepin conduit à « marche forcée » sa majorité vers un Austerlitz d’opérette.

Voilà ce qui arrive lorsque l’on confie le pouvoir à un exalté.
Villepin n’a pas d’autres issues. Il ne peut calmer les étudiants par la négociation, car ils sont mobilisés voir radicalisés. Il ne peut obtenir le « secours » des syndicats car il ne les a pas consulté. Il ne peut parier sur le pourrissement car il est avéré qu’il en porterait la responsabilité. Il ne peut plus s’imposer car il est aujourd’hui « Monsieur précarité ». Il ne veut pas retirer le texte car il souhaite faire encore semblant de gouverner. Il tente donc de déshabiller le CPE pour habiller sa prétendue volonté.
Cette tactique demande du temps et les manifestations se multiplient. Cette tactique demande des partenaires et la grève interprofessionnelle est déjà annoncée. Cette tactique demande du calme et la violence est aujourd’hui installée. Cette tactique demande une assise et Sarkozy s’impatiente, il a peur d’être emporté.

L’autisme au pouvoir
Ce que ne comprennent pas la droite et le pouvoir c’est la désespérance de la jeunesse. La forme de la mobilisation est symbolique de son état d’esprit. Les jeunes étudiants à l’issue des Assemblées Générales ne partent pas en manifestation. Ils ne vont pas porter la bonne parole de l’égalité « urbi et orbi », comme le faisaient leurs prédécesseurs. Ils occupent les facultés. Ils se barricadent, ils s’enferment. Ce sentiment de citadelle assiégée est celui d’une génération qui cherche à se protéger. Même le mot d’ordre qui unifie les lycéens et les étudiants n’est pas celui de la conquête de droits nouveaux, c’est « résistance » scandée trois fois, dix fois. Rien n’est printanier ou heureux voir « faluchard » dans ces mobilisations. Il y a de la sombre détermination. La gaîté des trente glorieuses n’est pas de mise. C’est « marche ou crève » !
Nombre d’entre eux viennent de banlieue. Nombre d’entre eux se souviennent de décembre 2005 et des émeutes. Nombre d’entre eux n’ont plus confiance.
La désespérance est le drapeau d’une jeunesse à qui l’ont dit comme l’annonce Monsieur Barroso : « tout le monde sait que l’on vivra avec moins de garanties, moins d’acquis, moins de bonheur que les générations précédentes ».
Le pouvoir, l’UMP, Sarkozy ne comprennent pas ce mouvement qui vient d’en bas et qui n’a rien à perdre, ce mouvement politiquement frustre.
Il n’y a pas de leader désigné par le mouvement.
Il n’y a pas de plateforme anti capitaliste.
Il n’y a pas d’espoir dans les lendemains qui changent.
Il y a un « non » féroce à cette société sans l’espérance de temps nouveaux.
Car pour faire des compromis, pour négocier, il faut de la visibilité.
Ici il n’y en a pas. Les jeunes n’ont pas encore le calendrier électoral en tête.

La rupture ne passe pas
Par contre ils ont touché du doigt ce qu’était la « théologie de la rupture libérale » prônée par Nicolas Sarkozy. Villepin a installé, par la rue, le débat dans l’opinion. Il a déjà imposé une défaite à l’espoir que Sarkozy voulait faire naître, frauduleusement, au travers de la « rupture ». Le 1er ministre a dévoilé ce que la gauche peinait à démontrer. Il a bipolarisé le débat politique. Il a renvoyé la division de la gauche sur le traité constitutionnel à une fresque du passé, constitutive de rien du tout. Il a brisé la « vraie fausse » troisième voie de l’UDF. Il a interdit à l’extrême gauche de populariser la gauche de la gauche. Mais c’est au-delà de Villepin lui-même, Sarkozy le grand perdant. Certes pas dans les sondages, mais apprenons à voir plus loin que la photo. Regardons le sens du film. C’est le discours Sarkozien pour la présidentielle qui est atteint. Tout à coup, le Président de l’UMP est sur la défensive. Tout à trac, son véhicule idéologique est en panne. Il ne fera pas rêver sur le CPE.
Et si le CPE a sonné le glas des espoirs de Villepin. Celui-ci espère maintenant qu’il minera ceux de son concurrent. Nous imaginons tous ce que Sarkozy a dû dire au 1er ministre, lors de son tête-à-tête à Matignon : « ça suffit ! »
Et de fait, Sarkozy déploie un très courageux… « Le CPE c’est lui » pointant le pouce vers le 1er ministre. Nicolas pensait avoir un concurrent, voir un faire valoir. Il n’a eu à faire qu’à son révélateur!
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Jeudi 20 avril 2006
publié dans : Bloc-Notes
Le dilemme Villepin est un problème Sarkozy

1 million dans la rue ! La sanction pour M. Villepin est sans appel. Le 1er ministre, après le coup d’essai du CNE, a cru pouvoir remporter son duel avec le ministre de l’Intérieur en lui dérobant la rupture. Le voilà pour longtemps affublé du joli nom de « Monsieur Précarité ». Nous ne nous étions pas trop trompé, la mobilisation trouverait son chemin et le mal était fait : pour les jeunes, pour le code du travail, mais aussi pour le gouvernement. Villepin croyait triompher, son gouvernement est maintenant ensablé. Retirer le projet –ce qui serait légitime au regard de l’ampleur de la réprobation – et c’est une double défaite politique. Pour le 1er ministre qui s’est engagé et a porté seul le projet mais pour Nicolas Sarkozy aussi car cela voudrait dire que la rupture ne passe pas.
Maintenir le cap -ce que Villepin a réaffirmé à la veille de la manifestation- et c’est l’assurance de la chute libre dans les sondages, la contestation, la délégitimation quotidienne du gouvernement. Mais celle-ci entraînera assurément Nicolas Sarkozy. Car il ne peut incarner l’alternative dans la droite, tout en étant dans un gouvernement désavoué.

La gauche prend du retard

Le pays a compris que la solution n’était pas dans le « mieux que rien ». Il se tourne vers la gauche. Celle-ci foisonne d’idées, on le voit dans les réponses au CPE. Mais il faut passer du foisonnement d’idées à la lisibilité ! Car si la gauche n’est pas lisible, si elle ne présente pas le visage de l’alternative crédible et audacieuse, alors les Français chercheront au-delà des sondages à faire « turbuler le système ». La gauche a moins besoin de paroles, de postures, que de solutions praticables. C’est maintenant qu’il faut l’affirmer haut et fort : entre la rupture pour demain et l’immobilisme d’hier, il y a la rénovation pour aujourd’hui.
Un nouveau chemin dans le domaine économique, une nouvelle pratique dans le domaine social, une nouvelle architecture dans le champ démocratique.
Les trois changements nécessaires à une nouvelle donne, à une renaissance française comme le plaide Dominique Strauss-Kahn.

Le néo-conservatisme Sarkozy

Le néo-conservateur Sarkozy a professé devant l’Assemblée Nationale la nécessité, dans le domaine de la délinquance, à pratiquer le dépistage précoce. Comment une théorie portée par les socio-biologistes les plus réactionnaires peut passer à l’Assemblée, sans que personne n’y trouve à redire. Cette orientation qui biologise l’analyse traverse la droite. Ainsi, un amendement présenté au Sénat par M. Gournac, au nom de la Commission des Affaires sociales, ainsi que par M. Leclerf, au nom de la Commission des Lois in le Projet de Loi « pour l’égalité des chances », a été rejeté, mais va être proposé, sous la même rédaction par M. Pierre Méhaignerie, comme suit : « (…)La Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, l’Institut national de la statistique et des études économiques et l’Institut national des études démographiques établissent conjointement un cadre de référence comprenant une typologie des groupes de personnes susceptibles d’êtres discriminées en raison de leurs origines raciales ou ethniques ». Amendement qu’il est « amusant » de mettre en rapport avec cet Extrait des cahiers de la « Fondation française pour l’étude des problèmes humains » d’A. Carrel-1943 : « La fondation se propose de préciser les modalités d’assimilation des immigrants afin qu’il devienne possible de les placer dans des conditions appropriées à leur génie ethnique. Elle procède actuellement au dénombrement et à la localisation de certaines catégories d’entre eux, surtout des Nord-africains, des Arméniens, des Polonais (…) ». Par ailleurs, SOS Racisme vient de porter plainte contre l’OPAC de Saint Etienne pour fichage ethnique et discrimination raciale, suite à la découverte d’un rapport de la Mission Interministérielle d’Inspection du Logement Social qui établit notamment que cet organisme HLM utilise une grille de peuplement dans laquelle elle répertorie l’origine ethnique des familles.

Petit à petit le programme de la droite s’affirme : Contrôle social et dérégulation du travail pour chacun et le communautarisme pour tous. La prochaine présidentielle n’est décidément pas un dîner de gala.

Sarkozy bafoué

C’est alors qu’il s’apprêtait à partir en toute hâte à la Réunion où l’attendait l’épidémie du Chikungunya, qu’il n’avait pas vu venir, que le 1er ministre nous a annoncé son « mécano industriel » GDF-Suez. Passons sur la fusion privatisation. Là où il y a souci c’est que le 1er ministre bafoue la parole du ministre de l’économie et des finances du gouvernement Raffarin. Sarkozy, dans un moment de sincérité parlementaire, avait juré urbi et orbi qu’il n’y aurait pas de remise en cause de la part gouvernementale dans le capital GDF. Ce qui est aujourd’hui le cas.
Le Parlement est évidemment ridiculisé mais ce n’est pas nouveau sous la Vème république. Mais le Président de l’UMP, candidat à la présidentielle, que dit-il ? Peut-on croire ses promesses ? Sarkozy, l’homme qui ment ? L’homme qui n’ose pas défendre sa parole ? L’homme bafoué ? Tout cela n’est pas « joli joli » pour un candidat président…
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Jeudi 20 avril 2006
publié dans : Bloc-Notes
L’épidémie là où le gouvernement ne l’attendait pas

On attendait les « oiseaux », ce fut la fièvre de « l’homme courbé ». Depuis le retour de la Réunion de Dominique Strauss-Kahn et de Jean-Marie Le Guen, leur appel dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, la situation s’est aggravée. Le Premier ministre a été contraint de bouger. Dominique Strauss-Kahn demandait la consultation des groupes parlementaires sur le drame réunionnais, des mesures d’urgence, de protection, de prévention et de recherches, ce que le Premier ministre a annoncé.

Oui le gouvernement a tardé à réagir même si la situation ne milite pas pour la polémique.

Un ministre de l’Intérieur dépassé

Le « gang des barbares », le bien nommé a pris Nicolas Sarkozy et ses annonces sur l’immigration à revers. Le problème n’est pas l’immigration « choisie » mais l’immigration « réussie ». Quand un immigré décide de venir en France, il sait pourquoi. L’arrachement à son pays d’origine, à ses racines est imposé par des questions sociales, de pauvreté, de famine. Tant que cette question ne sera pas prise à bras le corps, les formules sur l’immigration « zéro » ou les quotas ne seront que des gesticulations stigmatisantes, avec des arrières pensées électorales.

Mais les enfants de ces migrants sont dans une situation totalement différente. Ils sont là parce que leurs parents sont là. Fofana fuit symboliquement en Côte d’Ivoire après son forfait. Ces jeunes sont pris entre la détestation de la culture de leurs parents, la situation subalterne qu’elle induit, et une relégation, sans horizon, qui leur est faite en France. Cette réalité leur interdit de croire dans une « culture française ».

Alors le désir d’appartenance trouve son exutoire dans les « groupes au pied des tours ». L’absence d’empathie conduit tout autant à uriner sur les portes dans les escaliers, que de brutaliser ceux qui perturbent le « territoire » de « leur » cité. Leur culture n’est ni la religion, ni le pays d’accueil, ni le pays d’origine, mais un melting pot fait de violence, de fantasmes, et ritualisé de références vestimentaires et de codes issus des banlieues nord américaines. Il y a tout autant une panne d’intégration qu’une panne d’acceptation.

L’antisémitisme n’était pas la cause principale mais l’accélérateur d’un passage à l’acte. La monstruosité du geste est évidemment monstrueusement utilisée par le FN et Monsieur de Villiers qui le ramènent à une dimension raciale ou religieuse. Elle est le lointain écho de la stigmatisation Sarkozienne. Cette guerre de tous contre tous est la réponse néo conservatrice par excellence où l’ordre n’est pas socialement nécessaire mais ethniquement nécessaire. Si cette question nous renvoie (au-delà de l’union nationale contre l’horreur) à la question de l’identité française, voir d’une culture européenne. Si elle pose l’autre problème, celui de l’intégration réussie. Si elle révèle d’une manière crue la crise de la représentation. Si elle souligne l’urgence sociale, elle pose aussi la nouvelle question civique que l’on ne peut laisser à la famille, réponse de droite, à l’école, réponse de gauche. Il s’agit de la constitution d’une nouvelle conscience civique autour d’un «service civil» obligatoire.

Une conjoncture redoutable

Les émeutes contre les caricatures de Mahomet ont débouché en Irak sur la guerre des mosquées, qui placent le pays en situation de guerre civile, alors que Saddam Hussein ridiculise son tribunal. On ne peut être que inquiet de cette ligne de feu qui ne s’éteint jamais de Tunis au Caire, de Damas à Karachi. L’instrumentalisation des caricatures de Mahomet par les Chiites pour desserrer l’étau contre la Syrie et l’Iran. L’impossible dialogue entre le Hamas Palestinien et le gouvernement Israélien, l’évidente tentation de Mahmoud Ahmadinejad de s’assurer le leadership arabo-musulman, pour protéger son but stratégique, l’arme nucléaire. La guerre civile rampante au Pakistan et les morts en Syrie, voilà un paysage de chao qui mériterait un débat européen pour un plan de stabilisation.

Etrangler financièrement l’autorité Palestinienne après avoir financée sans trop y regarder, n’est pas une solution de long terme. Reconnaître un état qui a décidé d’en faire disparaître un autre, non plus. S’il n’y a plus de politique arabe de la France, on peine à voir une politique arabo musulmane de l’Europe. Il est pourtant, là aussi, urgent d’agir.

Villepin sombre, Sarkozy radicalise

La chute de Villepin dans les sondages n’est pas une surprise. Nous l’annoncions dans ces colonnes dès le CPE annoncé. On aurait tord de sous-estimer les mouvements de la jeunesse scolarisée contre le CPE. Jusqu’à présent les jeunes, vacances obligent, ne pouvaient se mettre en grève, les syndicats tâtaient l’eau. Bref, la jeunesse ne pouvait embrayer et les syndicats ne voulaient pas débrayer. C’est maintenant chose faite et la manifestation du 7 mars marquera un nouveau palier de mobilisation. Villepin a ruiné sa posture de l’entre-deux, ni Sarkozy, ni la gauche, pour tenter de séduire le noyau dur de la droite. Il a perdu sur tous les tableaux. Il a beau s’agiter sur tous les fronts, la fusion EDF-Suez fait partie de cette agitation, chacun de ses gestes aujourd’hui est source de ressentiments. Nicolas Sarkozy lui rappelle chaque semaine qu’il est candidat comme ces jours-ci à Lyon ou à Paris.

Mais la controverse sur le CNE ou le CPE a donné la forme visible, appréhendable par tous, au débat autour de la rupture avec notre modèle. Après la thématique de la rupture, Nicolas Sarkozy, lui, en rajoute. Il veut maintenant briser tous les tabous de la société française. Décidément le ministre de l’intérieur aura bien mérité son surnom de « casseur ». Et le Président de l’UMP est d’ailleurs mécaniquement contraint de le faire, car il ne veut pas être entraîné à la baisse par Chirac-Villepin. Alors il radicalise : « Acquis sociaux, indemnisation des chômeurs sans contre partie, 35 heures, Zones d’Education Prioritaires, droits de succession, Education nationale, carte scolaire, indépendance de la justice, le ministre de l’Intérieur a appelé son assistance à briser tous les « tabous » de la société française » nous dit Le monde du 25 février. Rarement un scrutin annoncé comme en 1962 ou en 1981 aura concentré un tel enjeu pour la France.
L’élection de la droite, ce n’est pas seulement l’injustice ou l’insécurité sociale, c’est précipiter la France dans une épreuve de force, rampante, avec comme seule boussole le monde anglo-saxon.

Ségolène et Lionel

Après François et Laurent puis le retour de Jospin 1, Hollande l’irrésistible homme de l’année 2004, puis François contre Laurent et le retour Jospin 2, nous voilà installé dans la «match dans le match»: Ségolène et Lionel.

Depuis l’annonce inéluctable de l’élection de Balladur dans Le Monde, deux ans avant son élimination au 1er tour de la présidentielle de 1995, nous connaissons ces emballements sondagiés et leur corollaire, le préjugé médiatique.

Essayons de comprendre les raisons de l’engouement.
Devant une parole du PS dévaluée, car elle s’est relativisée, voir banalisée parce que portée par un présidentiable parmi d’autres. Devant « l’image » même du flottement, le PS est bousculé dans les sondages. L’opinion ulcérée par la politique du gouvernement exige du PS de l’audace dans l’alternative. Pour dénouer cette situation, l’opinion ne voyait que les primaires. Mais ces dernières induisent la compétition, la concurrence, le dissensus qui brouille à son tour le discours. Comme on a dit dans le même temps à l’opinion plusieurs choses contradictoires, nous déciderons en novembre, c’est l’opinion qui décantera les candidats mais il n’est pas temps de faire campagne. Alors celle-ci plébiscite tout ce qui peut bousculer le dispositif, tout ce qui tranche avec ce qui lui semble flou.

Ségolène, avec son « volontarisme basiste et compassionnel », apparaît loin des dites querelles et donc le bon vecteur pour faire bouger le PS. Et Lionel Jospin surf sur son « possible » en déployant autour de son livre à succès une conviction. Elle semble savoir où elle va dans un PS qui ne le saurait pas.

Si l’opinion n’a pas définitivement choisit son candidat, elle manifeste son type d’opposition : la proximité, la volonté, la cohérence, la conviction. Le message est à méditer, il ne nous est pas éloigné. Maintenant gardons nous de développer des arguments jugés comme définitifs. Ségolène Royal veut incarner une novation, très bien ! Mais dire qu’elle serait la seule à défendre la réforme, le renouveau, c’est prendre le risque, au cas où sa campagne ne serait pas couronnée de succès, d’enfermer le candidat désigné dans le conservatisme. De même, la thématique  «Jospin sinon rien», «Lionel est le seul homme d’Etat du PS», risque de désarmer notre candidat si Lionel ne venait pas. « Lionel Jospin est un homme d’Etat dans un Parti Socialiste qui n’en manque pas ».
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Jeudi 20 avril 2006
publié dans : Bloc-Notes

Pourquoi DSK ?

 

Le nombre de participants dans chaque réunion du PS à Paris avec DSK, à Créteil avec Fabius, à Nice avec Ségolène etc. démontre que le mouvement vers le Parti socialiste est engagé.

 

Le peuple de gauche cherchait quelqu’un pour battre Sarkozy. Et pour cette tache utile au pays, nos amis étaient prêts à plébisciter n’importe qui, pour peu qu’il ait les qualités requises. Le problème n’est plus qui ? Mais, quoi ?

 

La synthèse du Mans imposait le match Fabius-DSK que seul le retour, toujours incertain, de Jospin pouvait contrarier. Et si Ségolène Royal a décollé c’est sous la double impulsion de Solférino et des primaires ratées. L’opinion a exercé via Ségolène Royal son droit aux primaires, face à un PS qui paraissait jouer à guichets fermés. Ce fut un désir de parole qui sonnait comme une promesse d’avenir. Suite à la déroute du CPE dans l’opinion, il ne s’agit plus de se dire qui peut gagner le « pompon » mais pour quoi faire ?

 
Le mois de mars a modifié la donne, maintenant la gauche peut l’emporter. Il n’y a plus seulement un désir d’avenir mais d’abord un désir de gauche. Le rapport de force a changé. Nicolas Sarkozy sans être totalement déchu est sur la défensive.

 
Dans ce moment c’est la capacité à inventer, à proposer, à propulser qui va être testée. Et DSK est le mieux placé. Ce que demande le pays, ce n’est ni la rupture libérale, ni l’immobilisme total. Il est en phase avec le réformisme radical de DSK. Les français s’interrogent sur les nouvelles voies du socialisme. Et là encore DSK est le mieux placé. La France ne veut pas d’une Europe libérale mais elle veut l’Europe. Et ici DSK apparaît comme le mieux outillé pour que cette orientation ait un débouché. A gauche le problème n’est pas seulement de rassembler mais de proposer. Et là toujours DSK peut faire valoir sa continuité. Depuis le congrès de Dijon, DSK a anticipé la recomposition de la gauche sur une opposition de projet et pas seulement sur une opposition de rejet.

 
Avec son socialisme de l’émancipation, attaquant les inégalités à la racine et promouvant une liberté ordonnée. DSK a finit dans tous les cas de figure par être placé. Il vient de rajouter à ce plat déjà consistant une épice personnelle, la lutte contre les renoncements qu’ils soient libéraux ou politiciens. Cette volonté d’un espoir vertébré fait de lui maintenant un candidat solide à la présidentielle. Personne ne peut ni ne veut le nier. On évoquait hier une candidature pour « l’épate ». On se pose aujourd’hui la question : comment le battre ?

 
DSK a dressé, par petites touches, les contours du renouveau socialiste permettant une renaissance de la France et une nouvelle donne Européenne. Les français vont se demander maintenant : Que faire ? Et DSK sait quoi faire !


Retrouvez ici un article que j'ai très récemment publié dans la revue "Tribunes Socialistes"

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Jeudi 20 avril 2006
publié dans : Bloc-Notes
Milosevic ou le côté obscur du 21ème siècle
Pour quelles raisons les dictateurs échappent au jugement des hommes ? Hier Franco, Salazar, Somoza, Amine Dada. Aujourd’hui, Pinochet, Charles Taylor, ou les Khmers Rouges, tout comme Slobodan Milosevic, ses frères siamois de la terreur, semblent ne pouvoir être jugés. Et l’exception Sadam Hussein ne semble pour l’instant pas tout à fait probante. La justice démocratique peine à condamner les tenants de la justice expéditive. Il reste l’Histoire. Et elle sera pour des siècles, féroce ! Milosevic, médiocre bureaucrate de l’ex-parti communiste est un enfant de l’après chute du Mur de Berlin. Il est l’expression même du tournant nationaliste des PC. Lorsque le 24 avril 1987, au Kosovo, il prononça les mots « personne n’a le droit de frapper ce peuple ». Il enflamme les Serbes mais il n’est déjà que la conséquence du double impact de la « dé-soviétisation » de l’Europe de l’Est et de la mort de Tito. Si la désaffiliation unilatérale de la Slovénie avec le soutien de l’Allemagne et du Pape Jean-Paul II n’aura pas été sans conséquence dans l’éclatement de l’ex-Yougoslavie. Pour se maintenir au pouvoir, les ex-communistes ont eux sombré dans le nationalisme. Milosevic passe alors allègrement de la fausse lutte des damnés de la terre à la vraie purification ethnique meurtrière. Il provoqua 200 000 morts et deux millions de réfugiés. Vukovar, Sarajevo, Sébrénica, furent les villes martyres de l’Europe. Sa stratégie de la terreur fut d’abord appuyée par « tout un peuple ». Cela fit de lui l’homme incontournable des accords de 1995 à Paris, sous l’œil impavide de Jacques Chirac, Bill Clinton et Helmut Kohl. Il ne s’arrêta pas là car il ne pouvait se maintenir au pouvoir qu’au prix d’une « vision » hystérique de la nation Serbe. Et ce fut la razzia sur le Kosovo. L’intervention internationale et la colère nationale eurent raison du dictateur.
Produit d’une dé-communisation, d’une déstalinisation, la fuite nationaliste d’un médiocre bureaucrate provoqua la dernière guerre européenne.
L’homme résumait à lui tout seul le côté obscur de ce 20ème siècle, la barbarie des nationalismes et du collectivisme forcé.
 
Le cruel aveu de Monsieur Villepin
 
Le 1er ministre n’abroge donc pas le texte du CPE. Il propose d’ouvrir immédiatement des négociations pour construire de nouvelles garanties. S’il faut négocier des garanties nouvelles c’est quelles n’existent pas dans le texte. Et si elles n’existent pas, les syndicats, les lycéens, les étudiants et la gauche ont raison de protester. Bel aveu Monsieur Villepin !
La manœuvre du 1er ministre est cousue de fil blanc. Il s’agit de commencer à négocier, à partir dudit CPE pour faire entériner par les syndicats l’adoption du texte. Toute la méthode Villepin est là, un mélange d’angélisme calculateur et de passage en force dominateur. N’importe quel gouvernement se serait enquit auprès des syndicats sur le caractère praticable de ladite tentative. Villepin ne s’embarrasse pas de ces accointances subalternes, à Borloo et Larché de faire « l’affaire ».
Mais voilà Force Ouvrière et la CFDT ont dit « non » et il est si peu probable que la CGT dise « oui ». La tentative est donc vouée à l’échec. Reste donc le grand classique du pourrissement par la provocation. C’est là que Monsieur Sarkozy intervient. A peine quitté son maillot de bain de retour de la Martinique. Le ministre de l’Intérieur prend les choses en main et en direct depuis son avion. Et il fait savoir que la Sorbonne est reprise en moins de dix minutes ! Chapeau bas Monsieur Sarkozy, mieux que Marcellin ! Chronomètre à la main, Sarkozy joue les Cromwell au Quartier Latin ! Il pousse le Premier ministre à tenir bon –la théologie de la rupture est en jeu – mais lui savonne la planche par de Charrette interposé. Il sait que la radicalisation est à l’œuvre dans les facultés. Il veut jouer à nouveau le « facteur d’ordre ». La martingale Villepin-Sarkozy est dangereuse. Elle peut à chaque instant déraper. L’obstination de l’exécutif en porterait la responsabilité. Il faut noter que les présidents d’université sont inquiets. Ils manifestent leur solidarité. Il serait bon que la Conférence des Présidents d’Université interpelle le gouvernement avant le 18 mars. Ils sont aujourd’hui les intercesseurs possibles pour obtenir la suppression du texte et l’ouverture des négociations.
Quant aux socialistes, il ne s’agit pas d’appuyer la manifestation mais d’y participer pour ne pas laisser les jeunes seuls face à Nicolas Sarkozy. Pendant ce temps, Jacques Chirac regarde, l’œil dans le vague… On a l’impression qu’il finit par trouver le temps long !
 
« Ségolène, DSK, Fabius et la Valse… »
 
L’embellie royale de Ségolène n’en finit pas de faire couler de l’encre. Cette dernière en joue et on ne saurait lui en faire grief. Elle joue parfaitement « l’Arlésienne du Poitou », une volonté en attendant un projet. Ceci lui permet d’engranger le « désir d’avenir » sans avoir à le définir. Lionel Jospin, qui se laissait tout ouvert voit ainsi –provisoirement ?- la porte du recours fermée. Il nous semble que cet effet « anti-cyclone » Ségolène n’avait pas échappé au 1er secrétaire. Mais maintenant François Hollande est bien ennuyé. Le voilà réduit à nous dire –via le Parisien- qu’il peut parfaitement être un premier ministrable de Ségolène… On frise le vaudeville !
Ce week-end Laurent Fabius et DSK se sont mesurés, à distance, sans encore se défier.
DSK a tenté de définir un contour à sa démarche. Il veut combattre les trois renoncements de la vie politique française : la rupture libérale Sarkozienne, l’adaptation au marché et la fuite gauchisante. Pour ce faire, DSK veut incarner une vraie gauche audacieuse et réaliste qui fasse rimer socialisme et modernité. Il estime qu’il n’y aura pas de renouveau européen sans renouveau français et ce dernier a besoin d’une nouvelle gauche.
Laurent Fabius ne change pas si ce n’est le petit slogan « solide » mis sur le pupitre. On comprend évidemment pourquoi. L’ancien 1er ministre a fait le pari de son caractère « gaucho-compatible » et de sa capacité à rassembler cette partie de l’échiquier. Ceci au risque d’être une nouvelle fois enfermé par Jean-Pierre Chevènement, dans le camp du « non » mais amputé cette fois-ci du PCF, de la LCR et d’Attac. Une stratégie de l’offre contre une stratégie de la demande voilà somme toute, un débat stratégique qui n’est pas déshonorant à défaut d’être pour le moment audible.
Quant à savoir qui de Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn ou Laurent Fabius, l’emportera, il est bien trop tôt pour le dire. D’abord à cause de la fluidité du nombre des présidentiables, personne ne peut aujourd’hui dire qui et comment ? Ensuite, parce que les socialistes en novembre ne se prononceront pas par « pour qui ? » mais par « pourquoi ? ». Ils n’ont pas seulement envie de gagner mais de durer car il y a les municipales, les régionales et les cantonales derrière la présidentielle.
Alors en attendant l’ami Manuel nous excusera mais la Valse est la danse du moment. « Je ne vois que Jospin, mais le meilleur c’est DSK, si ce n’est que Fabius a pris de l’avance, remarques bien Jack est formidable, François aurait pu, d’ailleurs il peut encore, mais Ségolène je ne vois pas comment on l’arrête… » . Chacun suppute, pronostique ou répète à l’envie des analyses d’un jour en prenant soin d’être dans le coup, tous les jours, mais cela se dénouera les derniers jours. Car la valse à plusieurs temps ne dure qu’un moment et puis il faudra bien répondre qui ? Pour quoi faire ? Pour l’instant le thème fait un peu trop « rap » pour nombre de camarades. Alors puisque le temps est aux fourmis, laissons les cigales chanter et les danseurs valser…
 
 
 
 
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Mardi 11 avril 2006
publié dans : Actualité
Après l'annonce du retrait du CPE, la situation politique est nouvelle. Il n'y a pas que Villepin qui a été battu par la rue, Nicolas Sarkozy sort également affaibli du tunnel CPE. C'est la "défaite du rupturisme sarkozyen". "Sarkozy a sauvé son image, mais il a naufragé son orientation". Il a "montré à la droite un visage qui n'était pas celui du dur qu'il prétendait être, et a donné de la rupture une image qui n'est pas celle que la gauche accepterait", ajoute ce proche de DSK. "Aujourd'hui, toute la gauche est sur la thématique de la protection et de la promotion des droits". Le PS "a repris pied dans le mouvement social d'où il avait été éjecté", cette multiplicité de candidatures a évité au parti "le risque d'être accusé de récupération".
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Samedi 1 avril 2006
publié dans : Actualité
Pour réagir suite à l'intervention de Jacques Chirac. Le Président de la République a une fois de plus pris position pour convenance personnelle, il a choisi son 1er ministre plutôt que le peuple, il recoltera l'amertume social et la rancune politique pour son camp...

Pour Paris et la région Île-de-France, prochaine manifestation contre le CPE :
mardi 4 avril à 14h30, Place de la République
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