Une chambre perdue de vue
Je me suis vraiment rendu compte combien Henri Salvador m’avait marqué le jour où j’ai chanté
Syracuse en traversant la baie ensoleillé du port sicilien. Mais préférant Nat King Cole à la gaudriole et la bossa nova à la grosse berta le reste ne fit pas parti de mon
répertoire.
Chambre avec vue était à
Salvador ce que Buena Vista fut au groupe Cubain. Un hymne posthume de son vivant, un must pour Bobo.
Il reste que son décès après bien d’autres éloigne encore un petit plus les années 60/70. Une page se
tourne « clopin, clopan ».
La France démocrate
On ne compte plus les engouements français pour les démocrates, Gary Hart fut un chouchou, mais éliminé par
Walter Mondal ce dernier le devint ipso facto. Al Gore était donné vainqueur, Kerry tout autant. Les deux furent battus.
La projection fascinée des élites françaises pour les démocrates et l’Amérique de la côte Est confine
souvent à l’aveuglement.
L’Amérique de Woody Allen, Scott Fitzgerald voire Paul Auster n’est pas tout à fait la réalité de
l’Amérique profonde.
Le pays traverse une crise d’identité, il est confronté à une crise économique majeure, et cherche à sortir
du bourbier Irakien.
Les théories de Léo Strauss, celles d’une démocratie américaine forte et sûre de ses valeurs, capable de
lutter contre les puissances tyranniques ont laissé la place au désarroi.
Dans cette époque où tout est permis et rien n’a d’importance. La croisade Bushienne, l’impulsion
missionnaire, le désir de convertir le monde s’est… dissout dans le désert irakien et le tout marché.
Ce qui est intéressant dans le débat Obama/Clinton qui fascine le monde occidental c’est qu’il fait croire
aux américains que leur puissance est intacte.
Mais la réalité profonde n’est-elle celle d’un pays à la recherche d’une transition qui permettrait de
bouger sans se déjuger.
Que l’on soit pour la victoire des démocrates, cela va de soi. Mais cela ne doit pas nous empêcher de
mesurer les « dégâts » de l’affrontement dans ce camp. Cela ne doit pas nous aveugler au point de se détourner de cette réalité… Il n’y aura pas de vainqueur avant le mois d’août, deux
mois avant le vote. Cela ne doit surtout ne pas nous faire perdre de vue que Mc Cain représente une Amérique qui, sans être la nôtre, est quand même celle qui par deux fois a gagné en dix
ans.
Alors rupture ou transition, c’est cet état d’esprit qui fera la victoire, sachant que le « Bushisme » est sans lendemain et le néo conservatisme sans
vecteur.
Cela ne peut que mal finir
Les résultats des entreprises françaises sont hallucinants. Après Total 12 milliards d’euros de bénéfice,
BNP Paribas plus de 8 milliards, Arcelor-Mittal 10 milliards, idem pour LVMH, Sanofi Aventis, France Télécom, PSA Peugeot Citroën… L’Oréal, Danone ou encore Safran ont à leur tour affiché de bons
résultats pour 2007. il a été distribué 31 milliards d’euros de dividendes l’an dernier, les dirigeants d’entreprise ont augmenté leur salaire de 40%, comme celui du Président de la République.
Et dans le même temps le pouvoir d’achat baisse. Les salaires stagnent, la régression réelle ou imposée galope. Le précariat envahit toute la société.
Qui peut croire que ceci peut perdurer sans conséquence ?
Qui peut imaginer que la stabilité sociale, sa cohésion profonde ne sera pas entraînée par ce qui apparaît
comme injustifié ?
Les municipales cachent un mouvement qui va nécessairement prendre de l’ampleur… les
salaires.
Il y a deux ans, lors de son raid sur le français Arcelor, le milliardaire Mittal vantait sa gestion
sociale sur son site lorrain. Aujourd’hui il engrange les bénéfices et dégraisse les effectifs.
La flexisécurité de Madame Lagarde peut se résumer ainsi, la flexibilité est pour le salariat et la
sécurité est pour les actionnaires.
Soit la puissance publique sera capable d’inventer un Etat préventif, capable de protéger contre les aléas
des marchés – sécurité professionnelles ou sécurisation des parcours professionnels – soit la tension sociale s’activera. D’autant que l’absence de marges de manœuvre économiques et la présidence
française de l’Europe sera un fait contraignant pour le pouvoir.
Les sources d’un rejet
Lorsque l’on fait du porte-à-porte dans nos quartiers, on constate immédiatement trois
choses :
La gauche est mobilisée comme jamais. Nicolas Sarkozy a allumé tous les feux de la mobilisation.
L’humiliation de l’ouverture, l’excitation laïque, l’énervement des retraites, la vexation des 35 heures, l’écoeurement du style, l’overdose médiatique, l’irritation salariale et le tollé de
l’ADN.
Rien n’y manque. En 8 mois Sarkozy a ficelé un bloc jugé impossible au regard de ses contradictions
politiques et de ses oppositions sociologiques.
La droite est démobilisée, exaspérée par la méthode, interloquée par les gages donnés aux anciens
Mitterrandistes, éberluée par la jet-set, inquiétée par l’absence de visibilité.
Le Président est démonétisé. En première ligne mais sans ligne de force, ce voltigeur de la droite a fait
voltiger les symboles du Président.
A lieu d’un Président impliqué, la France a touché à un Président dissipé.
Nicolas Sarkozy déclarait faire don de son énergie à la France. Celui-ci est devenu comme l’a dit Tony
Blair « énergétique » c'est-à-dire un bouillonnement privé.
L’UMP s’époumone à décline les 8 mois qui ont changé la France comme Jospin déclinait en son temps son bon
bilan.
Mais les Français ne voient que leur pouvoir d’achat. Celui-ci occupe leur esprit, comme en 2002
l’insécurité ou pendant le débat « constitutionnel » Européen les délocalisations.
Rien ne marche. Les trois moteurs de la défaite tourne à plein régime. Nicolas Sarkozy a beau multiplier
les histoires, les images, les symboles, les perspectives, le voilà atteint du pire des stigmates politiques… le chiraquisme.
« On » ne le croit plus. Les français ont un peu honte de lui. Bref, ce qui s’annonce c’est la
victoire en râlant…
Quant à la bouée Fillon… c’est croire ou faire mine de croire que seul le « style » est en cause.
Mais c’est tout autant la « ligne » Sarkozy qui est en panne : On ne sait pas où on va et il n’y a pas de résultat.
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